mercredi 24 juin 2020

Hüseyin Cahit Bey et la révolte de Şeyh Sait (1925)




P. Gentizon, "L'insurrection du Kurdistan", Le Temps, 9 mars 1925, p. 2 :

"La région où a éclaté le mouvement insurrectionnel est constituée presque tout entière par le bassin supérieur de l'Euphrate. Il s'agit en d'autres termes du territoire compris entre les villes de Diarbékir, Kharpout, Mouche et Bitlis et qui se trouve à quelque deux cents kilomètres au nord de la frontière de Syrie. C'est dans cette contrée, habitée par les Kurdes, et dans les vilayets voisins que le gouvernement d'Angora vient de proclamer l'état de siège pour la durée d'un mois, afin d'étouffer le plus rapidement possible la rébellion. Remarquons d'abord qu'il s'agit d'un pays des plus pauvres, très montagneux et d'un climat très rude en hiver. Pas d'écoles, pas de routes. La langue turque elle-même y est inconnue. Ses habitants, retranchés en quelque sorte du monde, sont restés jusqu'à ce jour plongés dans l'ignorance la plus complète ; leur statut social est encore celui de la féodalité. La population est divisée en tribus turbulentes, en clans parfois hostiles, dirigés par des cheikhs dont l'autorité, basée sur la religion, est absolue. Sous les sultans déjà, les séditions y régnaient à l'état endémique et des révoltes y éclatèrent même au cours de la guerre d'indépendance. C'est dans cette région, forteresse naturelle du fanatisme, qu'a éclaté, ainsi que s'exprime un communiqué officiel : « une insurrection à main armée contre la force armée » de l'Etat.

Les événements paraissent s'être déroulés de la façon suivante. Le chef de la tribu des Nakchebendis, le cheikh Saïd, jouissant d'une grande influence dans le Kurdistan aurait travaillé depuis de longs mois à jeter dans son pays natal les bases d'une organisation dirigée contre la République. Il aurait d'abord rallié autour de lui un certain nombre d'agitateurs qui, au cours de la dernière guerre d'indépendance, avaient abandonné la cause de la défense nationale. Des officiers kurdes gagnés par l'Angleterre lors de la récente répression du mouvement nestorien auraient à leur tour épousé cette cause, en compagnie d'autres cheikhs influents attachés à Saïd par des liens de parenté. Bref, il semble bien que toute une vaste conspiration contre Angora ait été tramée, prête à se dévoiler et à agir. Un petit incident, survenu le 11 février, avança l'heure de l'action et mit le feu aux poudres. Deux personnes de la suite du cheikh Saïd ayant commis quelque délit étaient menacées d'arrestation par les autorités judiciaires. Le cheikh refusa de les livrer à la police. Une bagarre éclata. Les gendarmes turcs furent blessés et leur commandant fait prisonnier. Ce fut le signal de l'insurrection.

Les raisons du mouvement sont cependant autrement profondes et complexes. S'agit-il d'un simple mouvement de réaction de la féodalité kurde contre l'Etat, ainsi que la chose s'est présentée à plusieurs reprises sous l'empire ? Ou bien est-ce le résultat du conflit entre les deux courants d'opinion qui partagent le pays, entre la Turquie  fanatique, conservatrice et cléricale, attachée jusqu'à la moelle à ses traditions, et la Turquie nouvelle, laïque, progressiste et libérale ? Ou bien encore faut-il voir dans cette insurrection la manifestation d'un courant national kurde inspiré par un désir d'autonomie et d'indépendance? Il est encore difficile à cette heure de fixer la vérité et de doser la part qui revient à ces différentes causes dans le déclenchement des derniers événements ; mais il semble bien que chacune d'elles ait joué son rôle dans l'aventure. Dans l'exposé qu'il a fait à Angora sur cette rébellion, Fethi bey a déclaré lui-même « que l'on ne pourra se faire une idée exacte de la nature de l'incident qu'au fur et à mesure du développement de la situation ». Mais relevons qu'à Constantinople, personne ne conçoit les événements comme une simple explosion d'un sentiment national spécifiquement kurde. Dans le Tanine, Hussein Djahid bey écrit lui-même : « Il est difficile d'imaginer un mouvement nationaliste chez des montagnards ignorants, vivant en tribus et clans courbés sous la férule de leurs cheikhs. » Aucun sentiment semblable ne semble d'ailleurs exister chez les intellectuels kurdes répandus en Turquie. C'est pourquoi l'opinion générale est pour l'instant que toute l'ébullition du Kurdistan n'est que le produit de l'ignorance et du fanatisme contre le modernisme et les idées nouvelles.

Le fait est que dès les premiers jours le cheikh révolté a couvert tous ses agissements du manteau de la religion, réussissant de la sorte à s'assurer le concours de la majorité d'une population bornée et illettrée. Il a bien parlé de l'organisation d'un gouvernement kurde ; mais il a surtout proclamé qu'il fallait restaurer la religion, rétablir le khalifat, remettre en vigueur le Chéri et écarter enfin du pouvoir les « dirigeants athées »  d'Angora. Lui-même se présente comme un prophète envoyé de Dieu. A ce sujet, Husesin Djahid bey, qui n'est cependant pas suspect de sympathie pour le gouvernement, écrit dans le Tanine : 

Aujourd'hui, on cherche à paralyser par une insurrection ourdie sous le couvert de la religion toutes les initiatives prises au nom de la liberté de conscience, de l'égalité, de la rénovation et de la civilisation. La Turquie est forcée d'anéantir ce fanatisme ou de mourir. Fable, chimère, que de penser à aller de l'avant lentement, doucement, en ménageant celui-ci ou celui-là, et en effectuant les réformes en conséquence ! Il faudrait des siècles, peut-être, pour arriver de cette façon au perfectionnement. Aucune conciliation, aucun rapprochement n'est possible avec le sombre fanatisme que nous avons devant nous. C'est seulement par la force qu'on peut le maîtriser ; une longue éducation par l'enseignement viendra ensuite en arracher les dernières racines. Ce qu'il faut faire aujourd'hui, et avant toute chose, c'est marcher résolument, sans un instant de retard, sans le moindre mouvement d'hésitation, sans la moindre défaillance, contre cette vague de fanatisme, et la briser. Aucun sacrifice ne doit paraître excessif pour atteindre ce but.

Le gouvernement d'Angora a d'ailleurs montré en face du danger un grand esprit de décision. Tout de suite, un plan de répression fut combiné par l'élite des officiers généraux turcs, et des ordres ont été donnés pour investir de tous côtés la région contaminée. Le mouvement est en cours d'exécution ; mais il convient de ne pas perdre de vue que les troupes ont à parcourir depuis leurs garnisons des distances considérables et que l'absence de routes et la nature accidentée du terrain retardent fortement leur avance. La révolte est en outre favorisée par l'hiver et l'accumulation des neiges. Néanmoins, les patriotes républicains de la Turquie entière envisagent la situation avec confiance et sans aucun pessimisme. L'opinion unanime est d'ailleurs que le régime actuel est établi de façon telle que ce ne sont pas les agissements des chefs kurdes qui pourront le renverser. Dans les milieux politiques, « populistes » et « progressistes » se sont empressés, d'autre part, de proclamer le principe de l'union sacrée, en plaçant les intérêts de la République au-dessus des dissensions de partis. Les hodjas de la grande Assemblée, les journaux les plus conservateurs du pays, comme le Tevhid, flétrissent de leur côté cette insurrection. Dans ces circonstances, les soldats de la guerre d'indépendance, soutenus par l'opinion unanime, n'auront pas de peine à écraser la révolte des vilayets orientaux."

Sur Hüseyin Cahit Bey/Yalçın : Hüseyin Cahit Yalçın et les Arméniens

Hüseyin Cahit Yalçın et les Grecs
 
Hüseyin Cahit Yalçın et Refik Saydam face à la question des Juifs turcs et étrangers en Turquie

Hüseyin Cahit Yalçın, une victime oubliée de la répression politique en Turquie
 
 
Le programme des Jeunes-Turcs sous la République kémaliste
 
 
La présidence d'İsmet İnönü (1938-1950) : un souffle nouveau pour la République turque

Les activités collaborationnistes de Garéguine Njdeh en Bulgarie

Voir également : La place des Kurdes dans la révolution jeune-turque et la vie politique de la République de Turquie

Le docteur Nâzım Bey et les Kurdes
  
Ahmet Rıza (leader historique du CUP) et les Kurdes
 
Les tentatives de mise au pas des chefs tribaux kurdes (tourmentant notamment les paysans arméniens) par les Jeunes-Turcs

La volonté réformatrice de Talat Bey
 
L'alliance turco-kurde pendant la Première Guerre mondiale et la guerre d'indépendance turque

Le vrai visage de l'"alternative libérale" au Comité Union et Progrès et au kémalisme

Mehmet VI et le califat ottoman dans le jeu de l'impérialisme britannique


Le contexte de l'abolition du califat en Turquie (1924)
  
L'opposition du Parti républicain progressiste (1924-1925)
  
Les révoltes réactionnaires kurdes dans la Turquie de Mustafa Kemal

dimanche 21 juin 2020

Le docteur Nâzım Bey et les Kurdes




"La Turquie constitutionnelle", Le Temps, 25 août 1908 :

"Déclarations du docteur Nazim

(De notre correspondant particulier)

Smyrne, 15 août.

Je viens d'avoir une longue conversation avec le docteur Nazim bey, délégué à Smyrne du comité central de Salonique et inspecteur des succursales d'Anatolie du C. U. P. O. (comité Union et Progrès ottoman). Il m'a fait les déclarations suivantes.

— Dites bien que la tâche du C. U. P. O., loin d'être terminée, ainsi que beaucoup se l'imaginent, ne fait au contraire que commencer. Nous avons devant nous un travail immense. Nous avons réussi à faire proclamer la Constitution. Nous devons maintenant l'asseoir sur des bases tellement solides que toute réaction soit impossible. Nous avons surtout une oeuvre très importante à accomplir en Asie-Mineure, et je compte y consacrer de longs mois. L'Asie-Mineure est de beaucoup la partie la plus riche de l'empire ; grâce à sa fertilité, à ses richesses naturelles, à ses mines, elle a toujours été la grande ressource du Trésor. Malheureusement, la population, surtout celle de l'intérieur, est encore très arriérée, et il ne faut pas le dissimuler, tout à fait incapable pour le moment de comprendre de quoi il s'agit. Les paysans éprouvent de la satisfaction à voir disparaître une administration oppressive. Ils ne réalisent rien au delà. Les mots « Constitution », « élections », « Parlement » sont absolument vides de sens pour eux. Beaucoup croient que dorénavant ils ne payeront plus d'impôts. A ce point de vue, le contraste est frappant avec les populations si éveillées, si avancées de la Turquie d'Europe. Le paysan anatoliote est cependant naturellement très intelligent, mais des siècles d'oppression, d'ignorance, de misère ont fini par recouvrir son cerveau d'une écorce dure qu'il faudra lentement dissoudre par l'instruction, la douceur, les bons traitements. Les Kurdes, réputés si sauvages, ont une vivacité d'intelligence tout à fait remarquable.

» Je reconnais que pour le moment l'administration est tout à fait désorganisée, qu'elle n'existe même pour ainsi dire plus. C'est que nous avons cru nécessaire de faire un immense nettoyage, de détruire complètement l'espionnage. Aussi, dans tous les centres de quelque importance l'autorité militaire a pris la direction des affaires, cumulant souvent les fonctions administratives, financières, judiciaires même. Dans les gros villages, les comités envoient des délégués, écrivent aux mudhirs (maires) et aux imams. Il a été relativement facile de balayer les fonctionnaires voleurs et délateurs ; mais il est difficile de les remplacer, il n'y a pas d'hommes capables. Tout est à créer. Vous voyez que notre responsabilité est immense. Nous devons réussir ; sinon, c'est l'anarchie, la guerre civile. (...) » "

Voir également : XIXe siècle : problème agraire et question arménienne dans l'Empire ottoman

XIXe siècle : les défaillances de l'Etat ottoman et le problème de l'affirmation du pouvoir parallèle des féodaux kurde
 
Le contexte des exactions dans l'Empire ottoman tardif : insuffisances de l'administration, difficultés des réformes et du maintien de l'ordre

Un aperçu de la diversité humaine dans l'Empire ottoman tardif : moeurs, mentalités, perceptions, tensions


La place des Kurdes dans la révolution jeune-turque et la vie politique de la République de Turquie
  
Ahmet Rıza (leader historique du CUP) et les Kurdes

Les tentatives de mise au pas des chefs tribaux kurdes (tourmentant notamment les paysans arméniens) par les Jeunes-Turcs

La volonté réformatrice de Talat Bey

L'alliance turco-kurde pendant la Première Guerre mondiale et la guerre d'indépendance turque

Quand la presse française accusait Enver Paşa (Enver Pacha) de soutenir le nationalisme kurde

samedi 20 juin 2020

L'alliance turco-kurde pendant la Première Guerre mondiale et la guerre d'indépendance turque




Martin van Bruinessen, "Nationalisme kurde et ethnicités intra-kurdes", Peuples Méditerranéens, n° 68-69, juillet-décembre 1994, p. 24 :

"Il n'y avait pas, je l'ai dit, de frontière nette entre les musulmans turcs et kurdes. Durant la Première Guerre mondiale et la Guerre de "libération nationale" qui a suivi, Kurdes et Turcs ont combattu en commun les chrétiens locaux et étrangers. Des tentatives pour retourner les tribus kurdes contre les Ottomans et plus tard contre le mouvement kémaliste sur la base d'un intérêt kurde commun ont échoué. Certains Kurdes furent d'ailleurs attirés par le nationalisme turc. Le Kurde Abdullah Cevdet fut l'un des fondateurs du Comité d'union et de progrès des jeunes turcs (mais après la Grande Guerre, il fut aussi actif dans une association kurde). L'idéologue le plus influent du nationalisme turque, Ziya Gökalp (né à Diyarbakir en 1876) était probablement d'origine kurde ou peut-être, comme on l'a récemment soutenu, zaza. (Il est sans doute significatif que durant sa vie, la question de savoir s'il était turc ou kurde ne semble pas avoir été posée). En Irak, durant les années d'après-guerre, le leader religieux et politique kurde, Shaikh Mahmud Barzinji, était en relation avec le mouvement kémaliste dans la lutte contre les britanniques avant d'adopter une plate-forme nationaliste kurde."


"Le général Liman von Sanders et Talaat bey", Le Temps, 1er janvier 1915, p. 4 :


"L'envoyé spécial à Constantinople du journal de Budapest, Pesti Irlap, a interviewé le général Liman von Sanders et Talaat bey. (...)

Déclarations de Talaat bey

Voici maintenant ce que Talaat bey a dit au même correspondant :

Les deux grandes nations musulmanes, les Turcs et les Arabes, font la guerre avec le même enthousiasme et la même bonne volonté. Les Kurdes ne le cèdent pas aux Arabes. Le sentiment des nationalités chrétiennes ne s'est pas encore déclaré de la manière que nous aurions désirée. Cependant peut-on s'attendre à mieux de la part des chrétiens qui jusqu'à présent étaient sous l'influence et les intrigues des étrangers ? Notre devoir est naturellement de leur inculquer le sentiment patriotique. Mais pour cela il faut du temps, et actuellement il vaut mieux ne pas nous en occuper.

Nos relations avec les Etats neutres sont excellentes et une amitié intime nous unit avec la Bulgarie. J'ai l'espoir que nos efforts au Caucase et en Egypte seront couronnés de succès.


Il convient de relever que ni Liman von Sanders ni Talaat bey n'ont fait la moindre allusion à la guerre sainte dans leurs déclarations."


Jules Semenoff, "Un des aspects de la question turque", L'Eclair, 17 janvier 1920, p. 2 :


"Au mois de juin 1918, les troupes turques commencent le siège de Bakou sous la direction du général jeune-turc Nouri-pacha, frère d'Enver-pacha. Outre les troupes kurdes et turques, sous le haut commandement de Nouri-pacha, se trouvaient les troupes mal organisées de l'Azerbeidjan et les montagnards avec leurs chefs, Bammat et Tchermoïeff, qui sont actuellement à la tête de la délégation des montagnards à Paris."


J. Le Boucher, "De Constantinople à Angora : Les bases solides d'une popularité certaine", L'Action française, 26 juillet 1928, p. 1 :


"1918. — L'Empire ottoman est épuisé moralement et physiquement par une guerre effroyable survenue après tant d'autres pénibles. L'effondrement de l'Allemagne et de l'Autriche sonne le glas de l'Empire des Osmanlis. Si grande est la démoralisation, si totale la défaite que beaucoup de Turcs mettent leur espoir, dans un mandat américain sur la Turquie. Le pouvoir central n'existe plus ; l'unité de l'Etat s'en va par lambeaux. En perdant la Thrace, les Ottomans sont complètement chassés d'Europe ; en perdant la Cilicie, la Syrie, la Palestine, ils sont chassés de la rive méditerranéenne. L' « homme malade » prisonnier des Alliés semble résigné à rendre son dernier soupir après avoir agonisé durant des siècles. Mais l'odeur de cadavre qui flotte sur le kiosque d'Yldiz n'a pas encore envahi toute la Turquie. Un peu partout, d'Anatolie au Caucase, des énergies se réveillent. Panislamistes, simples patriotes se rapprochent les uns des autres pour tenter de sauver ce qui peut encore être sauvé. Les membres du vieux et célèbre comité : « Union et Progrès », s'agitent à nouveau. A Bakou, Nouri pacha, le frère du triste Enver, organise la résistance. Dans le Kurdistan, c'est Chevfik pacha [Yakup Şevki Subaşı], l'ancien commandant la la IXe armée, qui provoque un soulèvement des Lazes et des Kurdes. Un jeune officier supérieur, appartenant à la IIIe armée, fait preuve enfin, dans la région d'Erzeroum, d'une activité endiablée et d'une énergie qui le signale à l'attention de tous : c'est Mustapha Kemal."


Bulletin quotidien de presse étrangère, n° 1337, 26 décembre 1919, p. 4 :


"L'OCCUPATION BRITANNIQUE EN MESOPOTAMIE ET LES ARABES. — L'occupation et le pillage de Deir-es-Zar par des bandes arabes doit être rapproché du mouvement nationaliste turc en Asie Mineure. Enver pacha, de concert avec Mustapha Kemal, a fait preuve d'une grande activité chez les Kurdes ; les désordres causés récemment par cette peuplade au nord de Mossoul, sont dus pour une large part à l'influence turque. Enver a réussi probablement à gagner à sa cause le chef des Milli Kurdes, Ibrahim Pacha, dont l'autorité s'exerce au nord-est d'Alep ; un mouvement des Turcs et des Arabes vers Bagdad pourrait être appuyé par un contingent kurde, d'importance considérable. Le fait le plus inquiétant et le plus significatif est de voir que des éléments arabes aient pu être entraînés aussi aisément par les manoeuvres des nationalistes turcs. Dans certains milieux bien renseignés, l'on est porté à croire que l'hostilité des Arabes à notre égard a été accrue par la facilité avec laquelle nous avons fait place en Syrie aux Français, dont l'occupation n'est pas populaire et a provoqué déjà des manifestations, de la part de la population arabe. En réalité, sauf dans les villes les plus importantes, les Arabes, dans l'ensemble, ne nous manifestent aucune reconnaissance de ce que nous avons chassé les Turcs ; en dehors de la question religieuse, les Turcs étaient regardés favorablement en raison de leur profonde indolence. Notre administration est juste et intègre ; cependant les Arabes n'apprécient pas ses résultats ; ils voient avec défaveur que les impôts sont perçus intégralement, tandis que, sous le régime turc, il était possible de composer avec le cheik.

L'existence d'un parti turcophile à Bagdad même a été révélée, il y a quelques mois ; en même temps se manifestait dans tout le pays une vive opposition à toute occupation permanente par une puissance non musulmane. En somme, les sentiments favorables à la Grande-Bretagne, qui se sont développés en Syrie, ne paraissent pas avoir pris naissance chez les Arabes de Mésopotamie, et c'est là un élément qui pourra prendre de l'importance, dans la suite des événements. — (Ed.)

GLASGOW HERALD, 22.12."


"Bulletin du jour : La politique des bolchevistes", Le Temps, 10 novembre 1920, p. 1 :


"Dans l'ouest du Caucase, les bolchevistes profitent de l'offensive turque. On se rappelle que le 15e corps d'armée turc, commandé par le chef nationaliste Kiazim Karabékir, a pris le 2 novembre la ville de Kars que tenaient les Arméniens. On assure que les tribus de l'Anatolie, du Lazistan et du Kurdistan ont envoyé des contingents pour grossir les forces de Kiazim Karabékir, et l'on raconte même qu'une division de bolchevistes russes, la onzième, coopérerait avec lui. Maîtres de Kars, les Turcs avancent vers le nord-est, le long de la voie ferrée qui rejoint le chemin de fer Tiflis-Erivan. Dans les milieux anglais de Constantinople, on a reçu la nouvelle que les Turcs, dépassant la jonction de ces deux lignes, auraient occupé la ville d'Alexandropol. Si le fait est exact, les communications par chemin de fer se trouveraient coupées entre la Géorgie et Erivan, capitale de l'Arménie."


"Soulèvements anti-anglais dans le vilayet de Mossoul", La Lanterne, 15 janvier 1923, p. 3 :


"Londres, 14 janvier. — Une dépêche de Constantinople, parvenue ici ce soir, annonce qu'en dépit des mandats officiels qui ont été donnés par le gouvernement britannique, il y a bien eu récemment des soulèvements anti-anglais à Mossoul et aux environs.

Le gouvernement d'Angora a publié aujourd'hui un communiqué donnant plusieurs détails sur ce mouvement insurrectionnel. Ce document établit, par exemple que, dans le district d'Erbil, des avions britanniques jettent actuellement des bombes incendiaires sur les rebelles, brûlant les villages et détruisant une grande partie du bétail parqué dans les champs.

C'est ainsi qu'une escadrille anglaise aurait bombardé Ravandiz.


Dans les districts de Rayns, Mamurl, et Derband, les avions anglais se seraient particulièrement signalés par leurs destructions."


Voir également : La place des Kurdes dans la révolution jeune-turque et la vie politique de la République de Turquie

Ahmet Rıza (leader historique du CUP) et les Kurdes
  
Les volontaires arméniens de l'armée russe : des criminels de guerre

Les atrocités des insurgés arméniens en Anatolie orientale (avant les déportations de 1915)
   
Le massacre des Kurdes par les Arméniens et Assyriens
  
Les massacres arméno-russes de musulmans en Anatolie

  
Le massacre massif des Kurdes par les Arméniens de l'armée russe durant la Première Guerre mondiale
 
Les combattants arméniens à Erzurum (1918) : lâcheté et massacres de civils

L'action du général Kâzım Karabekir en faveur de l'enfance en détresse


Deux criminels de guerre assyriens de la Première Guerre mondiale : le patriarche Mar Shimoun et le "général" Agha Petros

La culpabilité des Assyro-Chaldéens dans la répression coloniale contre les Kurdes

Traité de Sèvres : l'opposition sans équivoque des Kurdes au projet d'un Etat grand-arménien

Quand la presse française accusait Enver Paşa (Enver Pacha) de soutenir le nationalisme kurde

Alexandrette, Mossoul, Ourmia : les politiques suivies par Mustafa Kemal Atatürk

samedi 16 mai 2020

Les révoltes réactionnaires kurdes dans la Turquie de Mustafa Kemal




"Le conflit du Proche-Orient : L'Insurrection du Kurdistan", L'Humanité, 27 février 1925, p. 3 :

"Les informations venant de Londres affirment que la révolte kurde prend une extension considérable. Les insurgés se seraient emparés des vilayets d'El-Azir, Dartin et Diarbékir (situés à 125 kilomètres du Karput) ce qui motiverait l'ampleur du mouvement.

D'après les mêmes sources anglaises, le chef des insurgés, le cheik Saîd qui se trouve à la tête de 7.000 hommes, a déclaré la guerre religieuse à la Turquie athée. Son succès aurait été marqué, non seulement par l'extension de la révolte, mais aussi par la jonction aux rebelles des détachements de l'armée gouvernementale et de la gendarmerie.

Le caractère de la révolte se précise. D'une part la propagande cléricale de Saîd et son intention de proclamer comme roi et calife un des fils d'Abdul Hamid, Selim Effendi, d'autre part un démenti caractéristique de Londres déclare fausse l'information des journaux turcs, suivant laquelle les insurgés disposeraient d'avions britanniques.

La complicité de l'impérialisme anglais apparaît encore plus évidente si l'on envisage que le 9 mars, la S. D. N. traitera la question de Mossoul. Les revendications turques dans cette question sont basées sur le fait que la région de Mossoul est peuplée par des Kurdes. Une révolte kurde en Turquie, allant jusqu'à la proclamation de l'indépendance du Kurdistan, constitue en l'occurrence un appui d'une très grande valeur pour la thèse impérialiste."


"Le conflit du Proche-Orient : La Révolte réactionnaire du Kurdistan", L'Humanité, 28 février 1925, p. 3 :

"Le caractère réactionnaire et impérialiste de la révolte kurde se précise de plus en plus. Les informations de source anglaise insistent sur l'importance de la révolte, sur son caractère profondément religieux et sur les succès des insurgés qui trouvent l'appui de toute la population, irritée par la politique laïque du gouvernement de Kemal Pacha.

Il est évident que l'impérialisme anglais a savamment exploité les préjugés religieux des Kurdes, pour les jeter contre la Turquie qui lutte pour son indépendance.

On sait, en effet, que le traité de Sèvres imposé à la Turquie avait réduit l'ancien empire turc à un tiers de son territoire d'avant-guerre (405.768 kil. carrés, au lieu de 1.423.839 kil. carrés). Pour le Kurdistan, on adopta un statut spécial.

La résistance armée victorieuse des Turcs en 1921 contre les Grecs qui, au nom des impérialismes de l'Entente, voulaient imposer à la Turquie la soumission, avait aboli certaines stipulations du traité de Sèvres.

Mais il reste entre autres la question du pétrole de Mossoul. Et c'est le pétrole qui régit le monde capitaliste. Il est donc clair que l'impérialisme anglais a tout intérêt, non seulement à insister sur l'ampleur et le caractère « national » de la révolte, mais à la « soutenir de toutes ses forces », car le Kurdistan « indépendant » résout automatiquement l'affaire de pétrole de Mossoul et beaucoup d'autres.

C'est pour ces raisons qu'on doit être très circonspect à l'égard des informations de Londres, d'autant qu'elles sont contredites par les nouvelles de Constantinople, qui signalent d'importants échecs des insurgés. Ainsi Kharpout et le vilayet d'El-Azir où la révolte a commence ont été repris par les Turcs, secondés par la population locale. Toute la presse turque et l'Assemblée nationale d'Angora furent unanimes à approuver le gouvernement grec [sic : turc] dans sa lutte contre les insurgés qui sont au service de l'impérialisme anglais."


"A propos de l'insurrection kurde : L'impérialisme anglais et le Kurdistan", L'Humanité, 2 mars 1925, p. 3 :

"La presse étrangère, la presse allemande en particulier, publie sur le soulèvement des Kurdes des informations fantaisistes de source anglaise, prétendant que gênés par l'expansion turque en Orient, les bolcheviks auraient organisé ce soulèvement. Or, c'est toute le contraire qui est vrai. Un télégramme de Moscou à Imprekor dit qu'en Russie on considère le soulèvement en question comme une tentative de restauration entreprise par la réaction et l'impérialisme.

Kemal pacha représente en gros le mouvement de libération nationale. Il s'efforce de libérer la Turquie de l'influence religieuse musulmane et des restes du régime féodal. Contre Kemal luttent : 1. l'impérialisme ; 2. les grands propriétaires féodaux ; 3. les gens d'église ; 4. les commerçants des ports alliés au capital étranger. Le prétendu parti républicain progressiste fondé récemment comprend toutes les forces réactionnaires de Turquie. Les insurgés se recrutent principalement parmi les nomades fanatisés par les gens d'église. Derrière les insurgés se tient l'Angleterre qui est intéressée au premier chef à la question de Mossoul, c'est-à-dire à la question du naphte.

L'époque du soulèvement avait été soigneusement établie après que la question de Mossoul eût été étudiée par la commission de la Société des Nations.

La répression du soulèvement est rendue difficile par l'état des chemins, par les intempéries et par la lutte de classe.

Le gouvernement de Kemal s'appuie sur la petite et moyenne bourgeoisie des villes et une partie de la paysannerie. Il mène la lutte contre les grands propriétaires, les gens d'église et l'impérialisme britannique.

Vers la liquidation de la révolte kurde

D'après les renseignements de Constantinople, les troupes régulières turques continuent à poursuivre les insurgés kurdes. De nombreuses tribus se sont jointes aux forces du gouvernement d'Angora.

D'autre part, l'agence « Anatolie » dément les renseignements d'après lesquels les villes Malatié, Erghani et Diarbékir seraient tombées entre les mains des insurgés."


"L'insurrection kurde : La démission de Fethy Bey", L'Humanité, 4 mars 1925, p. 3 :

"La révolte des Kurdes fomentée par l'impérialisme anglais allié au fanatisme religieux de ce peuple nomade et aux éléments réactionnaires de la Turquie, semble avoir provoqué dans ce pays une grave crise politique.

On annonce, en effet, la démission du gouvernement de Fethy bey, déposée à la suite des dissentiments avec le parti républicain populaire sur la politique intérieure du gouvernement.

La crise politique en Turquie ne peut que servir les intérêts de l'impérialisme anglais, surtout à l'heure actuelle, quelques jours avant la date fixée pour la discussion à la S. D. N., du rapport sur la question du pétrole de Mossoul. Elle encouragera en outre tous les partisans de l'ancien régime, dont le porte-parole, l'ex-sultan Mahomed VI, de son exil à San Remo, vient de lancer un message d'encouragement aux insurgés. Dans l'entourage de l'ex-sultan on ne cache plus que Mohamed n'a pas perdu l'espoir de rentrer en souverain à Constantinople.

Il faut croire que son espoir et celui des agents impérialistes seront prochainement déçus, comme il résulte de l'action des forces de la Nouvelle Turquie contre les insurgés.

La défaite des insurgés

On annonce en effet d'Angora :

Des bandes armées d'insurgés qui voulaient s'approcher, de la ville de Khigui ont été repoussées par des détachements de gendarmerie renforcés par la population locale.

Poursuivies activement, des bandes armées, rejetées précédemment de Kharpout, ont attaqué Tchemichkeseque et ont été battues par les forces locales.

La localité de Hani et celle de Pirani, centre des insurgés, ont été bombardées par avions.

Des forces insurgées ont été aperçues dans le nord de Diarbékir et dispersées par un bombardement par avions."

  
"Dans l'Orient musulman : Les peuples opprimés se réveillent", L'Humanité, 24 mars 1925, p. 3 :

"La situation dans l'Orient musulman continue à inspirer de vives inquiétudes à l'impérialisme britannique.

En Asie Mineure, on peut déjà enregistrer l'échec de la révolte kurde fomentée par l'Angleterre, révolte qui avait pour but de créer un fait accompli dans la question de Mossoul. La liquidation de l'insurrection réactionnaire des kurdes, malgré les difficultés, se poursuit lentement, mais méthodiquement."


"Les négociations en cours : Des propositions turques au Cabinet britannique", L'Humanité, 2 avril 1925, p. 5 :

"On sait que l'impérialisme britannique poursuit avec obstination le rattachement de Mossoul à l'IRAK. Or Mossoul représente le centre culturel et économique du Kurdistan. Le Mémorandum présenté à la conférence de Lausanne indiquait que sur 603.000 habitants, Mossoul comptait 263.000 Kurdes, 146.000 Turcs, 20.000 Yesides, 31.000 autres musulmans, 30.000 Arabes.

La politique anglaise s'est efforcée de développer les tendances séparatistes chez certains Kurdes désireux de constituer un Etat kurde indépendant de la Turquie. Chaque fois que siège ou qu'est sur le point de siéger une assemblée de la S. D. N. le cabinet de Londres provoque dans le pays kurde une insurrection réactionnaire.

Le dernier soulèvement kurde fut sourdement soutenu par la presse réactionnaire turque. La pression qu'elle exerça fut considérable sur Fethi bey qui ne sut prendre les mesures de rigueur qu'exigeait la situation. Le journal radical Djemchunet prétendit même, non sans raison, que l'indécision de Fethi bey a grandement contribué à favoriser les intrigues des grands propriétaires en Anatolie orientale.

Son successeur, Ismet pacha, a affirmé sa volonté de liquider définitivement l'insurrection de l'Anatolie. Or il est évident que la solution britannique du problème de Mossoul n'aurait d'autre résultat que de créer un irrédentisme. La Turquie manifeste ses intentions pacifiques en proposant un règlement à l'amiable au cabinet britannique. En même temps elle entend maintenir ses droits sur Mossoul qui est situé au croisement des vieilles routes commerciales rattachant la mer Noire à Bagdad et la Perse à la Méditerranée.

Aux visées de l'impérialisme britannique le gouvernement d'Angora oppose ainsi sa double volonté de maintenir la paix et d'assurer à la Turquie son indépendance véritable."


"Le réveil du monde musulman : Le Proche-Orient se dresse contre l'impérialisme européen", L'Humanité, 13 avril 1925, p. 1 :

"Les événements qui se succèdent avec rapidité, en Asie Mineure, ont une importance très grande. Sous la conduite du gouvernement d'Angora, le monde musulman se réveille partout et se dresse contre l'impérialisme européen.

La Grande-Bretagne, qui est, avec la France, la principale spoliatrice des peuples musulmans, voit, partout en Orient sa domination ébranlée.

Après la crise égyptienne, marquée par le succès des partis de Zaghloul Pacha, voici que la presse de Londres retentit de cris d'alarme devant les échecs britanniques en Palestine et à Mossoul. Pour affaiblir le gouvernement d'Angora, l'Angleterre avait fomenté la révolte du Kurdistan. Et les conséquences sont tout autres qu'elle pouvait l'espérer ; la révolte des Kurdes a été rapidement écrasée et a permis la mobilisation générale de l'armée turque comme celle des troupes persanes. Maintenant, l'Orient tout entier se dresse.

A l'heure où la Commission de la Société des Nations rédige un rapport qui doit remettre l'Irak, c'est-à-dire la Mésopotamie sous le joug plus pesant de l'Angleterre, les troupes de Perse sont alertées et l'armée turque campe dans les villayets d'Anatolie.

Et il a suffi que lord Balfour mette le pied en Palestine et en Syrie pour que la population ameutée chasse à coups de pierre et de trique le représentant britannique, symbole de l'impérialisme spoliateur !

Echec en Egypte, échec en Palestine, échec à Mossoul, tel est le bilan de la domination anglaise ces derniers mois. C'est un sérieux avertissement pour l'impérialisme français, en Syrie et dans l'Afrique du Nord."


"Autour du voyage de lord Balfour : Le réveil du monde oriental", L'Humanité, 14 avril 1925, p. 3 :

"A quelques jours d'intervalle la politique britannique a subi en Orient trois retentissants échecs. La révolte des Kurdes, subventionnée par le Cabinet de Londres avortait devant la résistance turque ; les zaghloulistes obtenaient la majorité au Parlement égyptien ; à Jérusalem et à Damas, lord Balfour était l'objet de manifestations particulièrement violentes. Le représentant anglais, craignant sans doute qu'elles ne se reproduisent, a renoncé à s'arrêter à Alexandrie."


G. Péri, "Après l'abdication de la S. D. N. : Mossoul... : L'Assemblée impérialiste s'occupe maintenant des affaires de ses vassaux", L'Humanité, 22 septembre 1925, p. 3 :

"Impuissance ? Allons donc ! les hommes de Genève ont été bien les complices des visées colonisatrices de Londres. Car, il ne faut pas s'y tromper, malgré la protestation de M. Amery, l'ajournement est une excellente affaire pour le gouvernement britannique. Il ne laissera pas échapper, croyez-le bien, les avantages qu'il peut tirer de la trêve ainsi obtenue. Rappelez-vous la dernière révolte kurde provoquée par Londres à l'époque où la commission d'enquête se mettait au travail — et qui visait à infirmer la thèse d'Angora d'après laquelle Turcs et Kurdes pouvaient vivre en bonne intelligence !

La manœuvre était par trop grossière. Mais les colonialistes britanniques ont dans leur sac plus d'un projet de machination. Complots, révoltes soudoyées, provocations, intrigues, Londres mettra tout en œuvre pour que le monopole des pétroles de Mossoul soit entre les mains de l'Anglo-Persian."


Gabriel Péri, "Intrigues antisoviétiques dans le Proche-Orient : Que se passe-t-il en Turquie ?", L'Humanité, 29 décembre 1930, p. 3 :


"N'oublions pas enfin, lorsque nous parlons des choses de Turquie, que si le gouvernement de Kemal Pacha a su imposer avec énergie certaines réformes — la plus audacieuse est sans doute l'abolition du khalifat — sa politique est férocement antiouvrière. Toutes les organisations syndicales sont interdites en Turquie. Les démonstrations du Premier Mai y sont rigoureusement prohibées. Le Parti communiste est hors la loi.

Les grandes puissances d'Occident n'ont pas vu sans grande amertume, au lendemain de la guerre, la Turquie échapper à leur emprise. C'est en effet contre l'impérialisme occidental et grâce à l'aide fraternelle de la Russie Soviétique, que la Turquie a pu conquérir son indépendance et abolir le traité de Sèvres. Mais à Paris comme à Londres, on n'a pas renoncé à s'assurer la collaboration turque contre l'Union Soviétique.

Dans le front antibolcheviste, qui va de la mer Baltique à la mer Noire, la Turquie devrait être, au gré des fauteurs d'aventures de France et d'Angleterre, une pièce essentielle. Lawrence dépensa beaucoup d'efforts et beaucoup d'argent pour tenter d'obtenir ce résultat. Le dernier en date de ses exploits fut l'insurrection réactionnaire des Kurdes, agencée en août dernier par le colonel de l'Intelligence Service."


Voir également : La place des Kurdes dans la révolution jeune-turque et la vie politique de la République de Turquie

Le vrai visage de l'"alternative libérale" au Comité Union et Progrès et au kémalisme

Mehmet VI et le califat ottoman dans le jeu de l'impérialisme britannique

La lutte d'indépendance impulsée par Mustafa Kemal : une résistance à l'occupation de l'Entente et aux irrédentismes gréco-arméniens

Le contexte de l'abolition du califat en Turquie (1924)

Les nationalistes kurdes (Khoyboun) et arméniens (Dachnak) dans l'Entre-deux-guerres : un combat commun au nom de la "fraternité aryenne" (sic) et pour une "confédération aryenne" (re-sic)
  
Après tout, qui se souvient de ce que faisait Vahan Papazian pendant la Seconde Guerre mondiale ? Du maquis des fedai à la collaboration avec le IIIe Reich, en passant par le soutien au Khoyboun : l'engagement de toute une vie au service de la FRA-Dachnak

La coopération des dachnaks avec la Perse/Iran aryaniste et antisémite de Reza Shah Pahlavi
  
Agitation tribale à la frontière turco-persane dans l'Entre-deux-guerres : la collusion des comités nationalistes kurdo-arméniens

L'instrumentalisation de la "carte kurde" par la Perse de Reza Shah Pahlavi

Ils sont prêts à se prostituer pour n'importe quelle puissance extérieure : le terrorisme kurde dans le jeu des puissances de l'Axe (Italie et Allemagne)

jeudi 7 mai 2020

Quand la presse française accusait Enver Paşa (Enver Pacha) de soutenir le nationalisme kurde




Dr A. Legendre, "La Croisade bolcheviste", L'Echo de Paris, 28 juin 1919, p. 1 :

"A la voix de Lénine et d'Enver pacha, l'Afghanistan s'est brusquement soulevé, a attaqué l'Inde, et il n'est plus isolé puisqu'il est maintenant relié au Turkestan bolcheviste.

D'un autre côté, par le Turkestan chinois et la Mongolie, des armes peuvent être amenées, sans oublier la voie de mer, celle du golfe d'Oman.

Le Kurdistan est aussi en mouvement."


"Enver Pacha, Roi du Kurdistan", Le Petit Marseillais, 18 décembre 1919, p. 3 :

Berlin, 17 décembre. — Le Berliner Tageblatt apprend de Constantinople qu'Enver pacha aurait été couronné roi du Kurdistan."


"Les troupes turques de Mustapha Kemal attaquent les Grecs : En Arménie elles auraient pris Erivan : Des dissentiments se seraient produits entre les soviets et les nationalistes turcs au sujet de l'Arménie", Excelsior, 22 novembre 1920, p. 3 :


"Les nationalistes et les soviets

Constantinople, 19 novembre (retardée en transmission). — Moscou déploie une activité croissante pour assurer l'expansion du bolchevisme en Orient.

Grâce aux efforts d'Enver pacha, commissaire du comité central du communisme en Orient, un nouvel accord a été conclu dans le Kurdistan central entre le gouvernement de Boukhara et Moscou. Cet accord comporte trente articles.

Les représentants de Boukhara sont : Baba Anount Mehnet, Selim Nollah, Arez Hodja et trois autres ; ceux de Moscou sont : Vaovilovitch, Tchitchérine et Mihalovitch."


G. A., "Les bolchevistes et les musulmans", Le Figaro, 4 septembre 1922, p. 4 :


"Au début de septembre 1920, un Congrès des peuples d'Orient fut organisé par les bolchevistes à Bakou. Enver pacha adressa à ce Congrès une déclaration où il se pare d'un titre de représentant des organisations révolutionnaires du Maroc, de l'Algérie, de la Tunisie, de Tripoli, de l'Egypte, d'Arabie et du Kurdistan » et préconise « tous les moyens révolutionnaires » pour « briser les dents, aux monstres sauvages » de l'Entente."


Victor Forbin, "Les Kurdes en révolte", Les Annales politiques et littéraires, n° 2181, 12 avril 1925 :

"D'ailleurs, ce n'est pas la première fois que les Kurdes réclament leur indépendance. Après la guerre, plusieurs de leurs princes envoyèrent à Versailles une délégation pour demander aux plénipotentiaires de créer un Kurdistan indépendant, comme ils venaient de créer une Arménie indépendante. Enver pacha, l'ancien dictateur, tenta même de fonder une République kurde, avant d'aller soulever le Turkestan contre les Soviets, — entreprise où il trouva la mort."


Il y a manifestement ici un quiproquo, né d'une part d'une confusion entre "Kurdistan" et "Turkestan", et d'autre part d'une déformation de la déclaration d'Enver Paşa au Congrès de Bakou :

"Camarades, l'union des organisations révolutionnaires du Maroc, d'Algérie, de Tunisie, de Tripoli, d'Egypte, d'Arabie et des Indes que je représente ici, est entièrement solidaire avec vous dans cette question. Elle est profondément persuadée qu'en faisant emploi de tous les moyens révolutionnaires, elle réussira à briser les dents des fauves de l'impérialisme et à les mettre dans l'impossibilité de nuire." (Le premier Congrès des peuples de l'Orient, Bakou, 1-8 sept. 1920, Milan, Feltrinelli, 1967, p. 109)


Voir également : La place des Kurdes dans la révolution jeune-turque et la vie politique de la République de Turquie

C'était Enver Paşa (Enver Pacha) : l'homme par-delà les légendes noires

La résistance d'Enver Bey en Libye (1911-1912)


Citations du héros et martyr Enver Paşa (Enver Pacha)

L'hypothèse d'une collusion Enver-Cemal contre la Russie bolcheviste

Ahmet Rıza (leader historique du CUP) et les Kurdes

Ahmet Rıza (leader historique du CUP) et les Kurdes




Ahmed Riza, Echos de Turquie, Paris, Imprimerie Billard & Baillard, 1920, p. 93-94 :

"Le Traité propose à la Turquie d'accepter à l'avance l'autonomie des territoires habités en majorité par les Kurdes. Cette autonomie aurait pu être reconnue, si toutefois ce pays n'était placé sous le contrôle des Puissances Alliées.

Que peuvent poursuivre les Alliés dans le désert du Kurdistan, dont ils ne reconnaissaient même pas l'existence géographique sous le règne d'Abdul-Hamid, au moment où furent perpétrés les massacres des Arméniens ? Ce ne peut être ni pour récompenser les braves Kurdes, ni pour assurer leur bonheur, que les Alliés s'aventurent aujourd'hui dans ces pays lointains.

Sous la raison sentimentale et proclamée, c'est-à-dire le respect du droit, de la liberté et de la civilisation, on peut découvrir deux buts certains :

1° La mainmise sur les vastes gisements miniers de ces contrées ;

2° Le démembrement de l'Empire ottoman.

La population Kurde, ajoute le Traité, pourra obtenir son indépendance sur avis favorable de la Société des Nations.

Mais l'intérêt matériel des grands Etats de l'Entente à la conserver sous sa domination est trop puissant et le pays est d'une trop grande richesse pour que les plus ardus obstacles ne se dressent constamment devant la réalisation de son indépendance. Le Kurdistan n'est pas un pays stérile comme le Hedjaz, pour jouir facilement de sa liberté complète.

Rien n'est plus immoral, quelles que soient les passions exaspérées par la guerre, que de pousser un peuple à rompre, contre son gré, les liens qui l'attachent à la mère patrie, et de bouleverser ainsi sa vie sociale et politique ?

Car les Kurdes, toujours fidèles et dévoués au Sultan, ne lui demandent qu'une simple autonomie locale pour faciliter leur libre développement économique.

L'intrépide et honnête peuple Kurde, tant de fois calomnié, se laissera-t-il séduire par les promesses des Alliés sous lesquelles il ne saurait manquer d'apercevoir les intrigues qui se trament autour de lui pour l'aveugler et pour le pressurer ?"

Voir également : La place des Kurdes dans la révolution jeune-turque et la vie politique de la République de Turquie

Les volontaires arméniens de l'armée russe : des criminels de guerre

Les atrocités des insurgés arméniens en Anatolie orientale (avant les déportations de 1915)
   
Le massacre des Kurdes par les Arméniens et Assyriens
  
Les massacres arméno-russes de musulmans en Anatolie

  
Le massacre massif des Kurdes par les Arméniens de l'armée russe durant la Première Guerre mondiale
 
Les combattants arméniens à Erzurum (1918) : lâcheté et massacres de civils

L'action du général Kâzım Karabekir en faveur de l'enfance en détresse

Traité de Sèvres : l'opposition sans équivoque des Kurdes au projet d'un Etat grand-arménien

Ahmet Rıza et la faillite morale de la politique occidentale en Orient

Ahmet Rıza et les Arméniens

Le patriotisme ottoman du Comité Union et Progrès

dimanche 14 février 2016

La Turquie bombarde les YPG, les forces d'Assad et l'EI

At least 37 PYD terrorists killed by Turkey's artillery fire in Syria
Turkish shell fire on PYD terrorists in northern Syria near the border with Turkey killed at least 37 terrorist and injured 15 others


Editor / Internet
12:46 February 14, 2016 Yeni Şafak

Pro-Assad terrorist group, the Democratic Union Party (PYD) in the north Syrian city of Azaz has been under heavy bombing by Turkish military on Saturday.


The Turkish attack came hours after Prime Minister Ahmet Davutoğlu announced that Turkey's military will hit PYD targets in Syria if the terrorist group violates Turkish security.

Military said it retaliated fire from the terrorist group across the border.


"Today retaliation was taken under the rules of engagement against forces that represented a threat in Azaz and the surrounding area," Prime Minister Davutoğlu confirmed.

The Azaz-Jarablous line had been declared red line by Turkish authorities and Ankara repeatedly said that any elements violating this line will be hit. The area is vital for Turkey as it is planning to establish new camps for Syrian civilians in the area and aiming to declare a safe-zone.

The PYD is a Syrian affiliate of the outlawed Kurdistan Workers' Party (PKK) terrorist organization, which has been conducting a three-decade-long armed violation in southeastern Turkey. The PKK is recognized a terrorist organization by Turkey, the EU and U.S.

Davutoğlu said both groups are terrorist organizations controlled from the same center, Qandil, the PKK's headquarters in Northern Iraq.

“The PYD is not representing Kurdish people in Syria, it kills everyone, including Arabs, Turkmens and even Kurds, who oppose their view," Davutoğlu said.

He also demanded that PYD terrorists fully withdraw from the area, otherwise Turkey will continue to hit their targets.

Turkey's shelling hits Menagh Air Base, a former Syrian Air Force facility that is now controlled by PYD militants.

According to Turkish military sources, at least 81 artillery fires conducted by the Turkish army targeted 19 PYD positions around Menagh Air Base.

Turkish fires also targeted militant positons in Malikiya and the Kishtear area of Afrin city.

At least 35 terrorist were killed and 15 others were injured in the attack.

A second blow of Turkish artillery fire has been launched after midnight which killed at least two PYD terrorists, according to a Syrian monitor group.
Source : http://www.yenisafak.com/en/world/at-least-37-pyd-terrorists-killed-by-turkeys-artillery-fire-in-syria-2412530

"Ragıp Soylu ‏@ragipsoylu 13 févr.

The news everyone missed: Turkey hit regime positions across the border near Hatay in response to  regime shelling"

Source : https://twitter.com/ragipsoylu/status/698574964077760512

"Sami
‏@Paradoxy13

Reports that Turkey at the same time is shelling #ISIS positions in Qara Kubri & al-Ra’ai & its vicinity in north rural #Aleppo"

Source : https://twitter.com/Paradoxy13/status/698820736253870081

"Wassim Nasr
‏@SimNasr

#Syrie la #Turquie essaye d'empêcher le #YPG #Kurde de contrôler le nord d'#Alep pr garder un pied à terre possible pr les forces ="

"Wassim Nasr ‏@SimNasr 13 févr.

D'#ArabieSaoudite & #EAU qui voudraient combattre l'#EI cela pr empêcher #Damas et l'#Iran d'être seuls ds ce rôle aux yeux de la com int."

"Wassim Nasr ‏@SimNasr 11 h

Cela s'inscrit aussi ds la course entre #Russie & #USA sur ce qui reste de l'opposition non jihadiste"

Source : https://twitter.com/SimNasr/status/698606612362227712

Voir également : Azaz-Alep : les attaques conjointes des forces pro-Assad et des YPG 

La Russie et Assad veulent couper les rebelles syriens de la Turquie, et peu importe que ce soit via l'expansion de l'EI ou du PYD

Mauvaise nouvelle pour les YPG : les rebelles de Faylaq al-Sham (Ikhwan) et de Furqat Sultan Murad (Turkmènes), épaulés par la Turquie, reprennent des villages à l'EI

Syrie : une nouvelle fois, des rebelles turkmènes reprennent à l'EI des villages
 
 
L'armée turque a abattu un avion russe qui attaquait les rebelles turkmènes (anti-EI)
 
 
Mauvaise nouvelle pour les YPG : des rebelles turkmènes reprennent des villages syriens à l'EI, avec le soutien de l'aviation américaine et turque
 
 
Mauvaise nouvelle pour les YPG : des Turkmènes syriens participent aux opérations de la coalition anti-EI
 
 
Les Turkmènes syriens ont décidé de former une armée unifiée pour combattre l'EI et le PYD
   
 
RAPPEL : la Turquie a déjà bombardé à plusieurs reprises les positions de l’Etat islamique (EIIL)

Nord de Raqqa : les YPG-FDS arrêtent des Arabes anti-EI parce qu'ils refusent de rejoindre les FDS

"Sam Heller ‏@AbuJamajem 7 févr.

Zaman al-Wasl: YPG/SDF arrests 150 north Raqqa men who joined "Clans Army" to fight ISIS but refused to join SDF: https://www.zamanalwsl.net/news/68528.html"

Source : https://twitter.com/AbuJamajem/status/696414102470545408

Voir également : Azaz : les YPG tuent des rebelles de l'ASL

Nord de la Syrie : fronde de Liwa Thuwwar al-Raqqa (ASL) et des tribus arabes contre les abus des YPG

Syrie : les affrontements entre rebelles syriens et YPG (soutenus par la Russie) continuent

Afrin et Alep : accrochages entre rebelles syriens et YPG

Gouvernorat d'Alep : le PYD-YPG aide Assad et le Hezbollah contre la rébellion syrienne

Alep : intensification des attaques des YPG contre des factions rebelles

Alep : persistance des tensions entre les rebelles et les YPG

Alep : les YPG coupent une ligne d'approvisionnement des rebelles

samedi 13 février 2016

Allemagne : un homme accusé d'être un leader local du PKK

Man formally charged with heading PKK local activities in Germany
DAILY SABAH WITH WIRES
ISTANBUL
Published February 10, 2016

German prosecutors say they have formally charged a 58-year-old Turkish citizen with "membership of a foreign terrorist organization" for his role in the PKK.


Prosecutors said Wednesday that Bedrettin K., whose last name wasn't given in line with privacy laws, is suspected of being a regional leader of the PKK in Germany.


They say the man, using the codename "Ali," was responsible for PKK activities in various parts of Germany from 2012 until his arrest in August 2015, including collecting donations and organizing propaganda events.

The 58-year-old man has been charged with heading the PKK in areas including the German cities of Bremen, Hannover and Hamburg in 2014, and Düsseldorf, Köln and Bielefeld in 2015.

German prosecutors often announce charges several days after they are filed.

Bedrettin K. was reported to have been giving instructions to lower-ranking members and preparing reports for his seniors in the organization.

The PKK is considered a terrorist organization by the U.S., the European Union and Turkey.

Tens of thousands of people have been killed since the PKK started its fight in 1984 in southeast Turkey.
Source : http://www.dailysabah.com/nation/2016/02/10/man-formally-charged-with-heading-pkk-local-activities-in-germany

Voir également : Allemagne : un homme condamné à 6 ans de prison pour son rôle dans le financement du PKK

Terrorisme : l'Etat allemand continue de sévir contre le PKK

Philipp Missfelder (porte-parole des affaires étrangères de la CDU-CSU au Bundestag) : "Je suis très heureux que nous ayons tracé une ligne rouge concernant le PKK"

Allemagne : une députée de Die Linke (parti issu de l'ex-SED est-allemand) voit son immunité parlementaire levée pour avoir soutenu les terroristes du PKK

Allemagne : "Le PKK est une organisation terroriste et cela continuera à rester ainsi pour nous" (Thomas de Maiziere)

Allemagne : Frank-Walter Steinmeier dément tout projet d'armement du PKK

L'Allemagne s'inquiète du fait que certains de ses ressortissants rejoignent les terroristes du PKK

Hambourg : une association kurde réprouve les provocations des pro-PKK
 
Le PKK et le trafic de drogue

Cizre : une lutte implacable entre l'armée turque et le PKK

"A Cizre, lutte à mort entre les forces turques et le PKK

Le Monde.fr | 10.02.2016 à 11h17 • Mis à jour le 10.02.2016 à 16h25 | Par Marie Jégo (Istanbul, correspondante)

Des dizaines de rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit en Turquie) ont été tués lors d’une opération des forces spéciales turques au cours du week-end dans la ville de Cizre, dans le sud-est du pays. Selon l’armée turque, « dix terroristes ont été neutralisés à Cizre » mais les rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux évoquent le « massacre » de 60 personnes, en majorité des civils. (...)

« Guérilla urbaine »

Comme d’autres localités du sud est à majorité kurde (Diyarbakir, Nusaybin, Silopi, Silvan), Cizre est le théâtre d’une guerre à huis clos entre les rebelles kurdes armés et les forces turques. Soumise au couvre-feu, la ville est bouclée par intermittence, des dizaines de milliers de civils ont fui, aucun journaliste, aucun observateur indépendant n’est autorisé à y pénétrer. Les informations sont relayées par les deux acteurs principaux de cette guerre, le PKK et l’Etat turc.

Difficile de savoir ce qui s’est passé. A priori, les civils ont fui massivement le quartier central de Cudi, soumis depuis deux mois à des tirs d’artillerie et à des explosions intenses, dans le cadre de la « guérilla urbaine » déclenchée par le PKK et que la police et l’armée turque tentent de briser. A l’évidence, les personnes cachées dans le bâtiment étaient plutôt des militants et des combattants du PKK que les forces turques ont pour mission d’« éradiquer ». L’heure est au règlement de compte, le « nettoyage » – terminé à Silopi, en cours à Cizre et à Sur (quartier de Diyarbakir) – a lieu hors du champ des caméras.

Tout a commencé à l’été 2015 avec des déclarations d’« autonomie » survenues dans plusieurs villes peuplées de Kurdes dans le sud-est de la Turquie.
Les pourparlers de paix entre le PKK et Ankara ayant volé en éclat à la fin du mois de juillet, la hache de guerre a été déterrée. A l’automne, de jeunes rebelles kurdes, armés et entraînés par le PKK, se sont mis à creuser des tranchées, à ériger des barricades et à tirer sur les policiers qui se risquaient dans les rues transformées en camps fortifiés, au cœur des villes.

Vu la nature extrêmement centralisée et militarisée du PKK, ces insurrections n’avaient rien de spontané. Ulcérée par l’échec des pourparlers de paix avec Ankara, la direction militaire du mouvement, basée à Qandil, dans le nord de l’Irak, a sorti une nouvelle carte de son jeu. Pourquoi ne pas répéter l’expérience plutôt réussie des « frères » kurdes syriens, qui, en seize mois, avaient réalisé ce que le PKK n’était pas parvenu à faire en trente ans de lutte armée ?

Les civils pris entre le marteau et l’enclume
(...)

La tactique « syrienne » du PKK était censée entraîner un embrasement des villes insurgées, une mobilisation sans précédent de la population mais rien de tel ne s’est produit. Les populations civiles, poussées une nouvelle fois à l’exode et à la misère, n’éprouvent aucune sympathie particulière pour les nouveaux guérilleros.

Pris entre le marteau et l’enclume, les civils payent le prix fort. « Les coupures d’eau et d’électricité, ainsi que les dangers encourus pour se procurer des vivres et des soins médicaux sous les tirs, ont des effets dévastateurs sur la population », souligne Amnesty International dans un rapport publié le 21 janvier. Quelque 200 civils auraient perdu la vie depuis l’instauration des couvre-feu.

Un modèle autoritaire et centralisé

Etrangement, l’éclosion de cette guérilla urbaine a eu lieu au moment où le HDP, qui représente les aspirations des Kurdes de Turquie, venait de gagner en légitimité, ayant remporté 59 sièges de députés au Parlement lors des législatives du 1er novembre.

Par ailleurs, le PKK règne en maître absolu sur le Sud est où 90 % des municipalités sont aux mains du parti prokurde BDP, tandis que la société civile est regroupée sous l’ombrelle du puissant KCK (plusieurs associations proches elles aussi du PKK). Tous les élus kurdes ont pris fait et cause pour la guérilla urbaine menée par quelques centaines de têtes brûlées, une « lutte légitime ».

Une fois le PKK « éradiqué », le gouvernement islamo-conservateur compte reprendre langue avec les populations en attribuant à la région une enveloppe de 26,5 milliards de livres turques (environ 8 milliards d’euros)."

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/02/10/a-cizre-lutte-a-mort-entre-les-forces-turques-et-le-pkk_4862630_3214.html

Voir également : Le plan du PKK à Cizre

Cizre : bruyante campagne de désinformation du PKK

La guérilla urbaine à Diyarbakir

Sud-est de la Turquie : les civils kurdes fuient en masse les zones contrôlées par les bandes armées du PKK

Guérilla urbaine du YDG-H : discordance de vues entre Selahattin Demirtaş et Altan Tan (HDP)

Le HDP en Turquie : les raisons d'un échec électoral

Diyarbakir : le chanteur kurde Çiyager a été agressé, pour avoir critiqué le HDP et le PKK

Hakkari : des Kurdes de Şemdinli chassent des agitateurs pro-PKK

Mehmet Şimşek : "Je suis un citoyen turc d'origine kurde, mes parents étaient illettrés, et aujourd'hui je suis le ministre des Finances de la République de Turquie"

Turquie : les manifestations citoyennes contre les crimes terroristes du PKK continuent, y compris dans la province à majorité kurde de Şanlıurfa

La tribu kurde des Gerdi s'élève contre le terrorisme du PKK

Manifestation de Kurdes anti-PKK à Diyarbakir
 
Kurban Bayramı à Diyarbakir : les Kurdes du parti Hüda-Par n'ont pas oublié le martyre de Yasin Börü (tué par des pro-PKK)

Juillet-août 2015 : la vague de terrorisme en Turquie (PKK, EI, DHKP-C)

L'historien "libéral" turc Halil Berktay critique les mensonges et omissions de la BBC sur le PKK

Turquie, EI et PKK : quand les médias dérapent au détriment de l'éthique journalistique

Turquie : des familles kurdes endeuillées par la faute des suppôts du PKK