dimanche 11 juillet 2021

Le soutien d'une partie des Zazas et Kurdes alévis à l'Etat kémaliste, contre la réaction kurde sunnite



Martin van Bruinessen, "Nationalisme kurde et ethnicités intra-kurdes", Peuples Méditerranéens, n° 68-69, juillet-décembre 1994, p. 26-27 :


"La politique kémaliste de sécularisation a toutefois affecté d'autres frontières ethniques encore [que celles entre musulmans et chrétiens]. Elle a affaibli les liens entre Turcs et Kurdes qui étaient fondés dans une religion commune, et diminué la distance entre sunnites et alévis. La mobilité sociale et l'urbanisation ont aussi commencé à brouiller la distinction entre gens des tribus et gens non tribalisés. L'intelligentsia kurde nationaliste, bien qu'élitiste de formation, a commencé à idéaliser la paysannerie kurde et à adopter, en tant que désignation ethnique, le terme kurmanj pour désigner désormais les populations non tribales. Nous sommes ainsi en présence du processus d'incorporation graduelle d'une paysannerie sujette dans l'ethnie dominante. Un autre aspect de ce processus avait en fait commencé beaucoup plus tôt, avec la conversion d'Arméniens et d'autres chrétiens à l'islam et l'adoption par eux de la langue et de la culture kurde.

Deux processus d'incorporation, portant sur les mêmes populations, paysanne, urbaine de classe inférieure, et marginale des tribus, étaient simultanément à l'oeuvre : incorporation dans l'Etat-nation turc (ou irakien, iranien) en formation, et incorporation dans l'ethnie kurde (qui, dans les années 20 et 30, ne peut encore être appelée une nation parce qu'elle manque alors de structures d'intégration). La paysannerie a tardé à choisir activement une identité, mais, parmi les tribus alévis de Turquie, on assiste à un débat animé à propos de l'identité qu'il faut choisir, kurde ou turque. Quelques uns des chefs choisissent la voie du nationalisme kurde 1, quelques autres, contre leurs voisins kurdes sunnites ennemis de longue date, choisissent l'Etat séculier, et se déclarent "véritables Turcs"2 ; beaucoup continuent à considérer que l'alévisme est la seule identité qui leur convient. (...)

1 Ainsi, quelques uns des chefs de la grande tribu alévie des Koçgiri, à l'ouest du Dersim (actuel district de Zara, province de Sivas), écrit en 1920 et 1921 des lettres à l'Assemblée nationale kémaliste demandant l'autonomie pour la raison qu'ils étaient Kurdes. Ce qui se termina par la première révolte kurde contre le nouveau régime. Voir Koçgiri halk hareketi 1919-1921, Ankara, Komal, 1975 ; Hans-Lukas Kieser, Les Kurdes alévis face au nationalisme turc kémaliste. L'alévité du Dersim et son rôle dans le premier soulèvement kurde contre Mustafa Kemal (Koçgiri, 1919-1921), Amsterdam, MERA, 1993.

2 Par exemple, les tribus alévies, Hormek [kurmandjiphones] et Lolan [zazaphones], du district de Varto, qui ont combattu activement la révolte kurde (et musulmane sunnite) de Shaikh Sa'id en 1925. La perspective des chefs hormek sur les événements, et l'affirmation de leurs origines turques véritables, apparaît dans Serif Firat, Dogu illeri ve Varto tarihi, Ankara 1945 (nombreuses rééditions)."

Voir également : Anatolie ottomane : les "acquisitions" de jeunes filles kurdes/zazas par des hommes arméniens (chrétiens)

Le projet d'intégration des Zazas alévis et des Yézidis dans les hamidiye

Les Jeunes-Turcs et l'alévisme-bektachisme

Les attaques des bandits de Dersim (Tunceli) contre les déportés arméniens en 1915

Johannes Lepsius dans l'imaginaire nazi

Les révoltes réactionnaires kurdes dans la Turquie de Mustafa Kemal

samedi 10 juillet 2021

L'intelligentsia kurdiste et le mouvement jeune-turc



Ercüment Kuran, "Derebeys et agas d'Anatolie orientale dans le dernier siècle de l'Empire ottoman", in Daniel Panzac (dir.), Histoire économique et sociale de l'Empire ottoman et de la Turquie (1326-1960), Louvain, Peeters, 1995, p. 396-398 :


"Au milieu du XIXe siècle, l'autorité du Sultan fut restaurée dans le pays [l'Anatolie orientale]. Cependant la suppression des derebeys héréditaires créa un vacum qui fut rempli par les cheikhs kadiri et nakchbendi. Les Kurdes, peuple profondément religieux, vénéraient les cheikhs. Ceux-ci vivaient dans les zawiyes, situées souvent près des tombes des saints de leur ordre mystique. Ils gagnèrent l'attachement de leurs adeptes en résolvant les conflits et vendettas survenus entre les familles et les tribus rivales. Ils mirent à profit la loi foncière de 1858 pour s'approprier les terres cultivées par les paysans. De même, ils bénéficièrent arbitrairement des revenus des propriétés wakfs, fondées par des gens pieux. Ils s'apparentèrent aux anciens derebeys en épousant leurs filles, ce qui leur permit de jouer un rôle actif dans la vie politique du pays (M.V. Bruinessen, n.d. : 224-250, 277).

L'Anatolie orientale offrait ainsi une situation favorable à la mise en application de la politique islamiste que le Sultan Abdul Hamid poursuivait depuis son accession au trône en 1876. L'article 61 du traité de Berlin, conclu en 1878, lui imposait d'effectuer des réformes dans les six provinces orientales peuplées d'Arméniens. La rivalité entre la Russie et l'Angleterre lui permit de retarder pour quelque temps les réformes. Lorsque les révolutionnaires arméniens commencèrent à s'agiter, il ordonna l'organisation des régiments hamidiyes, composés de cavaliers kurdes sous le commandement de leurs agas, chefs des tribus. Ils furent utilisés pour réprimer les Arméniens qui s'insurgèrent en 1894-1895 (S. Duguid, 1973 : 144-151).

D'autre part, Abdul Hamid se servit adroitement des agas kurdes contre les echrafs ou notables urbains. Ceux-ci exploitaient les paysans en collaborant avec les fonctionnaires provinciaux. De fait, une balance des forces était créée, fournissant au sultan la possibilité de jouer un groupe social contre l'autre. Cette politique contribua à améliorer quelque peu l'administration régionale. Les exactions des notables et les prévarications des fonctionnaires diminuèrent sensiblement entre les années 1880 et 1890 (S. Duguid, 1973 : 146). Les Kurdes profitèrent de la protection que le sultan leur accordait, aussi l'appelèrent-ils « le père des Kurdes » (M.V. Bruinessen, n.d. : 228).

Cependant l'ordre établi dans la région se détériora vers la fin du siècle. En effet, l'indiscipline des régiments hamidiyes et la taxation illégale des paysans par les agas ruraux en furent les principales causes. Abdul Hamid essaya de refreiner les abus commis par ses protégés. Mais ce fut en vain. Il perdit graduellement l'affection de la population musulmane. Les notables d'Erzurum, Bitlis et Diyarbekir s'organisèrent dans les années 1906-1907, en pleine défiance de l'autorité centrale, pour se défendre contre la violence des agas ruraux (S. Duguid, 1973 : 152-153 ; U. Heyd, 1950 : 30). Mais avec le rétablissement de la Constitution en juillet 1908, le régime despotique d'Abdul Hamid prit fin.

Le Sultan avait incité les familles distinguées d'Anatolie orientale à envoyer leurs fils pour étudier dans les écoles civiles et militaires de la capitale. La plupart de ces jeunes gens, après avoir terminé leurs études, servirent loyalement l'Etat comme bureaucrates et officiers. Pourtant quelques-uns furent attirés par le nationalisme kurde. Abdurrahman Bedirhan, un des descendants du célèbre bey de Cizre, et Seyyid Abdulkadir, fils d'un cheikh nakchbendi, devinrent les principaux activistes du mouvement (C. Kutschera, 1979 : 18-20, 26).

Les nationalistes kurdes s'affilièrent aux jeunes Turcs et s'exilèrent à l'étranger pour participer à l'action contre le régime hamidien. Après la proclamation de la Constitution ils retournèrent au pays et, profitant du libéralisme de l'époque, se mirent à diffuser leurs idées à travers les associations et journaux qu'ils fondèrent à Istanbul. L'entrée de l'Empire ottoman dans la Première Guerre mondiale, en novembre 1914, interrompit leurs activités. La signature de l'armistice de Moudros, en octobre 1918, par suite de la défaite de l'Empire allié à l'Allemagne, permit aux nationalistes kurdes de reprendre avec plus de zèle le travail d'édification du Kurdistan indépendant ou du moins autonome. La société dénommée « Kurdistan Teali Cemiyeti », fondée en décembre 1918, déploya un effort intensif à Istanbul, en Anatolie orientale et auprès de la Conférence de la paix réunie à Genève. La décision de l'Angleterre et de la France déçut les espoirs des nationalistes kurdes. Car l'article 88 du traité de Sèvres, conclu en août 1920, reconnaissait l'indépendance de l'Arménie englobant une grande partie des territoires habités par les Kurdes (J.-C. Hurewitz, 1979 : II, 222).

Bien des dignitaires kurdes s'étaient déjà ralliés au mouvement de libération nationale dirigé par Mustafa Kemal Pacha."


Boris James et ‎Jordi Tejel Gorgas, Les Kurdes. Un peuple sans Etat, en 100 questions, Paris, Tallandier, 2018, p. 47-49 :


"Le premier cercle d'intellectuels kurdes se constitue autour du journal Kurdistan (1898) et de la famille Bedir Khan, héritière de la dernière principauté kurde éliminée par le pouvoir ottoman en 1847. Ce journal bilingue (kurde-ottoman), édité au Caire par Midhat Bedir Khan, défend à la fois l'opposition ottomane contre le despotisme du sultan et l'éveil des Kurdes face aux défis posés par la modernité. Au lendemain de la prise du pouvoir par les Jeunes-Turcs à Constantinople en 1908, des notables kurdes fondèrent le premier club kurdiste, le Kürt Teavün ve Terakki Cemiyeti (« Comité d'entraide et progrès kurde ») et se dotèrent d'un organe de presse. Les objectifs de l'association sont modérés : appuyer le mouvement constitutionnel, assurer le progrès et l'instruction des Kurdes d'Istanbul, consolider les bonnes relations avec les autres peuples ottomans et enfin préserver l'Empire ottoman.

En 1912, la société secrète Hêvî (Espoir), considérée comme la première organisation kurde centralisée et structurée, est légalisée. Elle publie l'hebdomadaire Roja Kurd (Le Jour kurde), rebaptisé en 1914 Hetawê Kurd (Le Soleil kurde) [rappelons que le Hintchak et la FRA-Dachnak n'ont été interdits sur le territoire ottoman qu'en avril 1915...]. Tout comme les Jeunes-Turcs, les dirigeants de Hêvî aspirent à conduire le peuple kurde vers le progrès, la science et la civilisation occidentale. C'est dans ce contexte que les élites s'intéressent à la situation des femmes occidentales et qu'elles comparent le statut des Européennes à celui des Kurdes.

Quant à la question kurde, la solution doit passer par le confédéralisme au sein de l'Empire ottoman. Cette position modérée n'est guère surprenante. D'une part, ces intellectuels appartiennent souvent aux anciennes familles de notables du Kurdistan. Bien qu'en conflit avec les autorités ottomanes de temps à autre, elles ont une relation pour le moins proche du pouvoir. D'autre part, leur intégration aux postes de cadres dans l'administration ottomane les rend plus proches des élites de la capitale que du reste de la population kurde habitant dans la périphérie de l'Empire. Si bien que, en dépit de leurs débats autour de l'identité kurde, elles restent attachées au cadre politique et social ottoman.

Bien que Hêvî réussisse à s'implanter dans les principales villes kurdes, les activités prometteuses de l'organisation se voient tronquées par la mobilisation de ses dirigeants lors de la Première Guerre mondiale [Celadet Ali Bedirhan (futur co-fondateur du Khoyboun) a été officier de l'armée ottomane sur le front de l'Est]. L'armistice entre les Alliés et les Ottomans marque le réveil de l'activité kurde à Istanbul, cette fois à caractère ouvertement nationaliste, avec la fondation de Kürdistan Teali Cemiyeti (« Comité pour le relèvement du Kurdistan »), le 17 décembre 1918. En réalité, on y retrouve des intellectuels qui étaient déjà présents dans les anciennes organisations kurdes.

Le Comité se propose de faire bénéficier le peuple kurde du principe wilsonien d'autodétermination pour les nations « dominées ». Il publie le journal Jîn (La Vie) où les intellectuels kurdes posent les fondements du nationalisme kurde moderne. Devant la possibilité d'accéder à un Etat ou du moins à une autonomie, les Kurdes se voient confrontés à des questions essentielles auxquelles il faut rapidement apporter des réponses : qui sont les Kurdes ? Combien sont-ils ? Quelles sont les « frontières » du Kurdistan ? Quels sont les critères qui déterminent l'identité kurde (langue, religion, appartenance tribale) ?

Les conflits personnels et les différentes visions sur le futur du Kurdistan eurent raison du Comité, éloignant toute perspective d'unité face à des puissances européennes à la recherche d'interlocuteurs solides."
 

Voir également : La place des Kurdes dans la révolution jeune-turque et la vie politique de la République de Turquie

Le docteur Nâzım Bey et les Kurdes

Ahmet Rıza (leader historique du CUP) et les Kurdes

Second régime constitutionnel ottoman : les frondes (féodales, réactionnaires et séparatistes) parmi les musulmans non-turcs

   
Les volontaires arméniens de l'armée russe : des criminels de guerre

Les atrocités des insurgés arméniens en Anatolie orientale (avant les déportations de 1915)
   
Le massacre des Kurdes par les Arméniens et Assyriens

Les ravages des troupes russo-assyro-arméniennes pendant la Première Guerre mondiale : une réalité admise par les Britanniques contemporains

Le massacre massif des Kurdes par les Arméniens de l'armée russe durant la Première Guerre mondiale
 
Les combattants arméniens à Erzurum (1918) : lâcheté et massacres de civils

L'action du général Kâzım Karabekir en faveur de l'enfance en détresse


L'Autrichien Stephan Steiner : un suivi journalistique de la reconquête ottomane à l'Est (1918)

Les enquêtes diligentées par le gouvernement américain en Anatolie orientale (1919-1920)

 

vendredi 9 juillet 2021

Le projet d'intégration des Zazas alévis et des Yézidis dans les hamidiye



Odile Moreau, L'Empire ottoman à l'âge des réformes. Les hommes et les idées du "Nouvel Ordre" militaire (1826-1914), Paris, Maisonneuve et Larose, 2007 :


"Ces exemptions [de conscription] dépendaient de la situation de l'individu au moment où il était appelé à servir. Certaines dispenses avaient un caractère définitif, telles celles accordées aux « hommes de religion » au service de l'Etat ainsi qu'aux enseignants des établissements d'instruction religieuse. Mais, la plupart des dispenses étaient temporaires pour les élèves des écoles, des medrese qui devaient se présenter le jour du tirage au sort pour subir un contrôle des connaissances. De même, les fils uniques de parents indigents, les fils puînés dont l'aîné était sous les drapeaux et qui avaient un jeune frère de moins de quinze ans.

Ultérieurement, la loi de recrutement de 1886 fit bénéficier les « réfugiés » [muhâcir] d'une exemption de circonstance d'une durée de six ans. Mais, après une durée de six ans d'installation, ils étaient intégrés au système général et devaient accomplir le service militaire comme tout autre musulman (art. 1)108. Cette disposition ne s'appliqua qu'en 1889, pour la première fois, pour les émigrés nés en 1867/68 (1284) et établis à Istanbul, sur l'insistance de von der Goltz Paşa. Jusqu'à cette date, le sultan obtint la reconduction annuelle de cette clause d'exemption. Les enfants des sujets étrangers qui s'établissaient et se mariaient dans une localité de l'Empire ottoman, étaient exempts du service militaire aussi longtemps qu'ils gardaient leur nationalité étrangère. Cette disposition ne s'appliquait cependant pas aux Persans soumis à la comscription (art. 32). (...)

108 En effet, sous l'ancienne loi, les « bohémiens », les alévis [kızılbaş : têtes rouges] d'Anatolie, les émigrés réfugiés musulmans des contrées annexées à des Etats chrétiens, les Persans nés en Turquie, les tribus nomades ou semi-nomades étaient dispensés du tirage au sort. Cf. Ibid." (p. 54-55)

"La loi sur l'autonomie des vilâyet adoptée en 1864 fut un pas supplémentaire dans le processus de centralisation mis en œuvre par les Tanzîmât, cherchant à mettre fin aux autonomies. Mais les disparités subsistaient d'une province à l'autre, la situation des soldats était variable d'un vilâyet à l'autre. Si dans certaines provinces [vilâyet] les soldes étaient payées assez régulièrement, dans d'autres, les soldats attendaient des arriérés de leur solde depuis dix à quinze mois. De même, la comparaison des différents corps d'armée révèle de grandes différences.

Le 6e corps d'armée situé à Baghdad était à la fin du 19e siècle imparfaitement organisé et son petit effectif était dans une situation parfois proche de la misère. Le sultan était particulièrement préoccupé par son infiltration par la communauté chiite. Par contre, le cinquième corps d'armée, son voisin à Damas, était dans une situation plus favorable. Il bénéficia d'attentions plus importantes, notamment par la construction d'infrastructures militaires. Par exemple, une caserne splendide fut édifiée à Beyrouth sous le règne hamidien. Même dans de petites localités, l'amélioration du sort des troupes était sensible comme le montre le cas de la petite caserne de Homs en Syrie entre 1880 et 1896.

Certaines régions étaient exemptées de la conscription. Etaient comprises dans cette catégorie, la capitale, par suite d'anciens privilèges octroyés à différentes époques par les sultans ; la population de l'île de Candie, le vilâyet de İşkodra (Albanie), certains districts entiers de l'Anatolie orientale (les montagnes de Şozan et de Dersim ; Motka et Şuït, au sud de la vallée de Muş), les populations kurdes des vilâyet orientaux, de nombreuses tribus de la Syrie, de l'Iraq et l'Anatolie orientale. Le vilâyet de Bosnie, qui, tout en fournissant un certain nombre de recrues depuis 1864, était encore au nombre des provinces privilégiées, car son contingent n'était pas appelé à servir en dehors de la province, excepté en temps de guerre.

L'intérêt des forces irrégulières était leur souplesse car elles étaient modulables en fonction des circonstances. Le recours à des volontaires, les trop tristement célèbres başıbozuk (les têtes cassées du capitaine Haddock) fut malaisé et peu concluant pendant la guerre turco-russe de 1877-1878. Ils constituaient des troupes peu disciplinées et maniables en temps de guerre. La tendance était de les faire disparaître, comme un résidu de l'ordre ancien et de promouvoir des corps réguliers, voire de réservistes organisés.

A la croisée des chemins, entre tradition et modernité, l'ordre ancien et ses corps de féodaux ainsi que l'ordre nouveau de l'armée régulière et de la réserve, fleurissaient des formations hybrides. Il s'agissait de l'arrière-ban des seigneurs, utilisés comme des classes de « quasi féodaux ». Outre les hamîdiye qui sont les plus connues, d'autres expériences ont aussi été pratiquées dans d'autres provinces éloignées de l'Empire. Le cas des timariotes bosniaques, en 1874, et la création de deux régiments de cavalerie de réserve [redîf] avaient montré l'exemple. Ces formations pouvaient avoir un rôle non négligeable et servir de forces locales d'appoint. Elles se faisaient et se défaisaient, en fonction des menaces locales." (p. 102-104)

"En raison des difficultés financières, l'emploi de la réserve au sein de l'armée active se pratiquait en temps de guerre comme en temps de paix à cause des troubles presque incessants dans l'Empire. A l'instar des hommes de l'armée active, les réservistes passaient leur temps de service quasiment sous les drapeaux. Ce n'était pas sans poser problème, car ils formaient des bataillons distincts dans l'armée active, nuisant à son homogénéité. Par ailleurs, leur mobilisation continuelle en temps de paix imposait une charge très lourde aux musulmans, puisqu'elle privait les familles de la plupart des hommes de vingt-cinq à trente-deux ans et les enlevait sans cesse à leurs occupations. Ces appels répétés à leurs services suscitaient le mécontentement qui se manifestait par la désertion en masse des hommes de la réserve, surtout en pays difficile (Lazistan, Dersim)24. Lors de la période de tension entre l'Empire ottoman et la Grèce, en 1868-1869, on mobilisa quatre-vingt bataillons de réservistes [redîj]. (...)

24 Les montagnes sauvages du Lazistan et le massif du Munzur dağ, dans le Dersim, habités par des Kurdes [Zazas] insoumis, servaient de refuge aux déserteurs qui s'échappaient d'Erzincan, l'ancien quartier du 4e corps d'armée, qui fut transféré ensuite à Erzurum." (p. 27-28)

"Ce projet [la cavalerie hamidiye] était à l'étude depuis la fin des années 1880, puisqu'une notice de l'attaché militaire français faisait état, dès 1889, d'une délégation de chefs de tribus de l'Anatolie orientale, venus à Istanbul, parmi lesquelles allaient être formés des « régiments de cavalerie à la cosaque ». A ce moment-là, on prévoyait la création de 24 régiments. La plupart des tribus choisies habitaient la province d'Erzurum, hormis la tribu des Meydan résidant dans la province de Diyarbakır. Il semble clair que la création de ces régiments allait servir à protéger la frontière russe.

Au mois de juillet 1890, l'attaché militaire français, Léon Berger, fut convoqué par Veli Rıza Paşa, chef du cabinet militaire du sultan, pour recueillir son avis sur les moyens de recruter parmi les Bédouins de Mésopotamie une cavalerie susceptible de rendre les même services que les cosaques aux Russes ou les goums en Algérie, pour obvier aux inconvénients des irréguliers (les başıbozuk) et éviter les excès qui leur étaient reprochés.

Ahmed Şakir Paşa, aide de camp général du sultan et qui joua un rôle important dans les réformes en Anatolie orientale, fut l'architecte du projet. Le maréchal [müşir] Zekî Paşa fut envoyé en inspection dans les régions de Van, Erzurum et Bitlis. A son retour, reçu en audience par le sultan, il signala que l'Anatolie était, à tous points de vue, négligée. En revanche, de l'autre côté de la frontière, les Russes étaient organisés de manière sérieuse. Par exemple, l'organisation des cosaques pouvait servir de modèle en la matière. Les Russes mettaient ainsi à profit les tribus. Elles n'étaient pas soumises au service militaire, mais les cadres des cosaques se réunissaient une fois par an, pendant une durée d'un mois et demi, pour être formés. Le reste de l'année, ils vaquaient à leurs occupations. Peu de temps après, Zekî Paşa, sur ordre du sultan commença à organiser la formation des régiments hamîdiye, avec le concours d'İbrâhîm et de Kerîm Paşa.

Les chefs kurdes furent invités à se rendre à Erzincan pour être reçus par Zekî Paşa, commandant en chef du 4e corps d'armée. Ils firent l'objet d'attentions toutes particulières et acceptèrent ses propositions. Ils allaient être appelés à former un corps de cavalerie, dont le total pourrait s'élever à 20 000 hommes. Ces divers corps seraient commandés par des Kurdes, y compris jusqu'au grade de chef d'escadron. Les colonels, deux généraux de brigade et un de division seraient issus de l'armée impériale. Le gouvernement fournirait aux cavaliers les armes et les munitions de guerre, tandis que ces derniers fourniraient leur cheval harnaché. Chaque année, ils feraient des exercices pendant deux mois et recevraient pendant cette période la solde et les rations réglementaires.

Toutefois, parmi les 51 grandes tribus kurdes nomades, seulement 13 acceptèrent de participer aux hamîdiye. Selon Lazarev, certaines tribus ne tenaient pas à être intégrées aux hamîdiye. Depuis l'été 1891 jusqu'en 1893, des soulèvements importants se produisirent dans la région du Dersim. Leur mise en place commença dans les deux régions jugées les plus propices, à savoir, la première, entre Erzurum et Van, à proximité de la frontière avec la Russie, et la seconde, entre Urfa et Mardin. Au printemps 1891, le maréchal [müşir] Zekî Paşa commença ses travaux à Erzincan, le centre du 4e corps d'armée [ordu]. Il envoya le général de brigade Mahmûd Paşa dans la région de Van, Malazgirt et Hinis, pour mettre l'organisation sur pied. İbrâhîm Paşa, général de division de cavalerie, fut chargé de les former pour le printemps 1891. Les autorités espéraient atteindre une vingtaine de mille hommes. Toutefois, vu la difficulté à se procurer les chevaux nécessaires, il était plus raisonnable d'escompter la moitié de ce chiffre.

Dès le début de novembre 1890, une douzaine de chefs kurdes furent invités à se rendre d'abord à Erzurum, puis à Erzincan, siège du corps d'armée, avant d'aller dans la capitale deux mois plus tard. Effectivement, on invita au mois de février 1891 des chefs de 3 tribus kurdes à se rendre à Istanbul, pour des cérémonies officielles et une audience avec le sultan. A la fin du mois de mars, ils arrivaient à destination et reçurent honneurs et décorations du sultan. Après deux mois de résidence dans la capitale, ils retournèrent dans leurs provinces. Toutefois, lors de leur réception à Istanbul, ils firent plutôt mauvaise impression aux Turcs. Puis ils furent relayés dans la capitale par un second groupe. Ce passage à Istanbul avait changé leur statut. Arborant désormais les décorations des officiers ottomans, ils étaient aussi vêtus de nouveaux uniformes et s'en revenaient pour lever les régiments promis.

Le projet eut du mal à démarrer. Les chefs kurdes s'étaient vraisemblablement engagés au-delà de leurs moyens et se trouvaient dans l'embarras pour fournir le quart des hommes promis. Le maréchal Muhammad Zekî Paşa fut envoyé à Erzurum, afin de faire une tournée d'inspection du vilâyet.

Né en 1846 à Istanbul, Zekî Paşa était d'origine circassienne. Il entra au service au Palais en 1859/60 [1256] et avait le rang de capitaine avant l'accession au trône d'Abdülhamîd II, en 1876. Il s'agissait donc d'un officier qui s'était formé sur le tas sans avoir fréquenté l'école militaire. Très rapidement promu, en l'espace de deux années, il atteignit le grade de général de division [ferîk] en 1878. La même année, il fut placé à la tête de la garde impériale du palais de Yıldız. Puis, il fut envoyé à Yanya (Janina) au commandement de la 1ère division de la 3e armée. En 1881, il commandait les troupes à la frontière grecque et l'année d'après était commandant en chef à Tripoli de Barbarie. En 1887, il gagnait « la frontière russe » avec un poste de maréchal-assistant [müşir muavinliği] spécialement créé pour lui. L'année suivante, il accédait au poste de commandant en chef de la 4e armée. Il était ainsi l'officier le plus gradé de la région et devint aussi le plus influent. Personnage charismatique, ambitieux et capable, il allait occuper ce poste pendant pratiquement vingt ans, ce qui était une longévité tout à fait exceptionnelle à l'époque.

Mais, il semblait que le but réel de son voyage était de forcer les chefs kurdes à exécuter leurs engagements contractés envers le gouvernement. Le résultat se faisait attendre. L'hiver 1891 commença et les contingents kurdes n'avaient toujours pas été enrôlés. La rumeur circulait que Zekî Paşa était confronté au manque d'enthousiasme des chefs de tribus. Effectivement, le premier projet qu'il leur présenta leur était très impopulaire car les hommes des tribus, s'ils étaient exemptés de certains impôts, devaient quand même le service militaire. Zekî Paşa dut battre en brèche et réviser sa proposition. Il leur accorda notamment l'exemption totale de la taxe sur les moutons et du service militaire.

On leur fit tout d'abord confectionner des uniformes et des drapeaux. Puis on organisa des cérémonies de remise des drapeaux dans la plupart des centres où se trouvaient les hamîdiye, à Diyarbakır, Van, Erzurum et des cérémonies plus modestes dans des petites bourgades. Entre les mois de mai et de juin 1892, on distribua officiellement les drapeaux aux députations de 24 régiments kurdes.

Lors de la parade, les troupes régulières marchaient en premier, puis les régiments hamîdiye qui comptaient de 40 à 120 hommes. Au fil des cérémonies, on inventait une « nouvelle tradition » dans laquelle les allégeances tribales étaient sublimées par la loyauté à l'Etat ottoman et particulièrement à la personne de son souverain. Ces commandants de la périphérie étaient ainsi intégrés au cérémonial impérial, créant une nouvelle identité. On jouait sur les effets de mise en scène et ces aspects psychologiques étaient très importants.

Essentiellement composés par des Kurdes de tribus sunnites, ils comprenaient aussi un ou deux régiments formés de Turcomans. Toutefois, en 1898-1899, on projeta de recruter des Kurdes [Zazas] alévis du Dersim dans des régiments hamîdiye, mais d'infanterie. Quelques chefs signèrent, mais les régiments ne virent jamais le jour. Cette initiative était sans doute l'oeuvre de Zekî Paşa plus pragmatique qui cherchait aussi à enrôler des Yézidis, car le sultan privilégiait l'orthodoxie sunnite.

Poursuivant des buts multiples, ils furent un moyen de soumettre les tribus kurdes turbulentes à un certain contrôle et à « pacifier » la région, en luttant notamment contre les mouvements nationalistes arméniens. Lorsque ces régiments étaient composés de membres d'une seule tribu, ils étaient commandés par un officier, le chef tribal. Quand les tribus étaient trop peu nombreuses, chacune fournissait un escadron, pour former un régiment. On préservait ainsi la solidarité tribale, par le maintien d'un chef tribal dans chaque unité.

Le chef du régiment ainsi que ses recrues bénéficiaient d'avantages substantiels. Les chefs et les officiers étaient envoyés dans une école militaire spéciale à Istanbul pour se former et apprendre de nouvelles techniques d'attaque. Quant aux tribus, elles étaient exemptées de l'une des mesures les plus impopulaires du Tanzîmât, la conscription, qui avait été introduite récemment dans la région. Les chefs hamîdiye étaient invités à envoyer leurs fils dans l'école des tribus d'Istanbul pour les intégrer dans l'« establishment ottoman ». Les autorités proposèrent aussi d'ouvrir des écoles pour les populations locales dans les principaux villages où se trouvaient les hamîdiye.

Le but ostensible de la cavalerie hamîdiye était d'ériger un rempart contre une attaque russe et d'institutionnaliser les Kurdes dans l'Empire ottoman, puisque certaines tribus avaient auparavant fait acte d'allégeance avec le tsar contre le sultan. Le déploiement formel des régiments hamîdiye se fit, au départ, le long d'un axe Erzurum-Van. En fait, les tribus hamîdiye étaient une force irrégulière marchant en unités, plus que des régiments sous les ordres étroits du maréchal [müşîr], le commandant militaire. En pratique, les régiments étaient dispersés dans leur habitat naturel, appelés seulement pour le service. Toutefois, on craignait que la plupart d'entre eux ne déserte plutôt que de se déplacer loin de leurs campements.

Les hamîdiye avaient été constitués en unités de combat sur le modèle cosaque. Pour mettre à profit ce modèle, le sultan envoya un groupe d'officiers ottomans à Saint Pétersbourg afin d'étudier leur mode de combat. Ils retournèrent dans l'Empire à la fin de leur formation en 1896." (p. 119-125)


François Georgeon, Abdülhamid II : le sultan calife (1876-1909), Paris, Fayard, 2003 :


"Les Yézidis sont des Kurdes non-musulmans, connus pour être des « adorateurs du diable », localisés à l'est de l'Anatolie et dans la haute Mésopotamie. « Une anomalie » dans l'esprit d'Abdülhamid. Ils sont considérés comme appartenant à une secte hérétique de l'islam (ce qui n'est nullement le cas), et par conséquent susceptibles d'un « redressement des croyances ». Il est question aussi de les intégrer dans la cavalerie hamidiye." (p. 273)

 

Voir également : Anatolie ottomane : les "acquisitions" de jeunes filles kurdes/zazas par des hommes arméniens (chrétiens)

Les Jeunes-Turcs et l'alévisme-bektachisme

Les attaques des bandits de Dersim (Tunceli) contre les déportés arméniens en 1915

Johannes Lepsius dans l'imaginaire nazi 

XIXe siècle : les défaillances de l'Etat ottoman et le problème de l'affirmation du pouvoir parallèle des féodaux kurdes

XIXe siècle : problème agraire et question arménienne dans l'Empire ottoman

Les affrontements arméno-kurdes dans le Sasun à la fin du XIXe siècle

Le choix difficile d'Abdülhamit II (Abdul-Hamid II) devant le conflit arméno-kurde en Anatolie orientale

Les troubles sanglants provoqués par les comités arméniens sous Abdülhamit II

Le Blue Book (1897) : une source d'information sur les provocations insurrectionnelles des comités arméniens en Anatolie

Empire ottoman tardif : pourquoi certains Juifs ont soutenu les attaques kurdes et lazes contre les Arméniens ? Yitzchak Kerem fait le point

Les reculs et les renoncements d'Abdülhamit II

Les tentatives de mise au pas des chefs tribaux kurdes (tourmentant notamment les paysans arméniens) par les Jeunes-Turcs

mercredi 24 juin 2020

Hüseyin Cahit Bey et la révolte de Şeyh Sait (1925)




P. Gentizon, "L'insurrection du Kurdistan", Le Temps, 9 mars 1925, p. 2 :

"La région où a éclaté le mouvement insurrectionnel est constituée presque tout entière par le bassin supérieur de l'Euphrate. Il s'agit en d'autres termes du territoire compris entre les villes de Diarbékir, Kharpout, Mouche et Bitlis et qui se trouve à quelque deux cents kilomètres au nord de la frontière de Syrie. C'est dans cette contrée, habitée par les Kurdes, et dans les vilayets voisins que le gouvernement d'Angora vient de proclamer l'état de siège pour la durée d'un mois, afin d'étouffer le plus rapidement possible la rébellion. Remarquons d'abord qu'il s'agit d'un pays des plus pauvres, très montagneux et d'un climat très rude en hiver. Pas d'écoles, pas de routes. La langue turque elle-même y est inconnue. Ses habitants, retranchés en quelque sorte du monde, sont restés jusqu'à ce jour plongés dans l'ignorance la plus complète ; leur statut social est encore celui de la féodalité. La population est divisée en tribus turbulentes, en clans parfois hostiles, dirigés par des cheikhs dont l'autorité, basée sur la religion, est absolue. Sous les sultans déjà, les séditions y régnaient à l'état endémique et des révoltes y éclatèrent même au cours de la guerre d'indépendance. C'est dans cette région, forteresse naturelle du fanatisme, qu'a éclaté, ainsi que s'exprime un communiqué officiel : « une insurrection à main armée contre la force armée » de l'Etat.

Les événements paraissent s'être déroulés de la façon suivante. Le chef de la tribu des Nakchebendis, le cheikh Saïd, jouissant d'une grande influence dans le Kurdistan aurait travaillé depuis de longs mois à jeter dans son pays natal les bases d'une organisation dirigée contre la République. Il aurait d'abord rallié autour de lui un certain nombre d'agitateurs qui, au cours de la dernière guerre d'indépendance, avaient abandonné la cause de la défense nationale. Des officiers kurdes gagnés par l'Angleterre lors de la récente répression du mouvement nestorien auraient à leur tour épousé cette cause, en compagnie d'autres cheikhs influents attachés à Saïd par des liens de parenté. Bref, il semble bien que toute une vaste conspiration contre Angora ait été tramée, prête à se dévoiler et à agir. Un petit incident, survenu le 11 février, avança l'heure de l'action et mit le feu aux poudres. Deux personnes de la suite du cheikh Saïd ayant commis quelque délit étaient menacées d'arrestation par les autorités judiciaires. Le cheikh refusa de les livrer à la police. Une bagarre éclata. Les gendarmes turcs furent blessés et leur commandant fait prisonnier. Ce fut le signal de l'insurrection.

Les raisons du mouvement sont cependant autrement profondes et complexes. S'agit-il d'un simple mouvement de réaction de la féodalité kurde contre l'Etat, ainsi que la chose s'est présentée à plusieurs reprises sous l'empire ? Ou bien est-ce le résultat du conflit entre les deux courants d'opinion qui partagent le pays, entre la Turquie  fanatique, conservatrice et cléricale, attachée jusqu'à la moelle à ses traditions, et la Turquie nouvelle, laïque, progressiste et libérale ? Ou bien encore faut-il voir dans cette insurrection la manifestation d'un courant national kurde inspiré par un désir d'autonomie et d'indépendance? Il est encore difficile à cette heure de fixer la vérité et de doser la part qui revient à ces différentes causes dans le déclenchement des derniers événements ; mais il semble bien que chacune d'elles ait joué son rôle dans l'aventure. Dans l'exposé qu'il a fait à Angora sur cette rébellion, Fethi bey a déclaré lui-même « que l'on ne pourra se faire une idée exacte de la nature de l'incident qu'au fur et à mesure du développement de la situation ». Mais relevons qu'à Constantinople, personne ne conçoit les événements comme une simple explosion d'un sentiment national spécifiquement kurde. Dans le Tanine, Hussein Djahid bey écrit lui-même : « Il est difficile d'imaginer un mouvement nationaliste chez des montagnards ignorants, vivant en tribus et clans courbés sous la férule de leurs cheikhs. » Aucun sentiment semblable ne semble d'ailleurs exister chez les intellectuels kurdes répandus en Turquie. C'est pourquoi l'opinion générale est pour l'instant que toute l'ébullition du Kurdistan n'est que le produit de l'ignorance et du fanatisme contre le modernisme et les idées nouvelles.

Le fait est que dès les premiers jours le cheikh révolté a couvert tous ses agissements du manteau de la religion, réussissant de la sorte à s'assurer le concours de la majorité d'une population bornée et illettrée. Il a bien parlé de l'organisation d'un gouvernement kurde ; mais il a surtout proclamé qu'il fallait restaurer la religion, rétablir le khalifat, remettre en vigueur le Chéri et écarter enfin du pouvoir les « dirigeants athées »  d'Angora. Lui-même se présente comme un prophète envoyé de Dieu. A ce sujet, Husesin Djahid bey, qui n'est cependant pas suspect de sympathie pour le gouvernement, écrit dans le Tanine : 

Aujourd'hui, on cherche à paralyser par une insurrection ourdie sous le couvert de la religion toutes les initiatives prises au nom de la liberté de conscience, de l'égalité, de la rénovation et de la civilisation. La Turquie est forcée d'anéantir ce fanatisme ou de mourir. Fable, chimère, que de penser à aller de l'avant lentement, doucement, en ménageant celui-ci ou celui-là, et en effectuant les réformes en conséquence ! Il faudrait des siècles, peut-être, pour arriver de cette façon au perfectionnement. Aucune conciliation, aucun rapprochement n'est possible avec le sombre fanatisme que nous avons devant nous. C'est seulement par la force qu'on peut le maîtriser ; une longue éducation par l'enseignement viendra ensuite en arracher les dernières racines. Ce qu'il faut faire aujourd'hui, et avant toute chose, c'est marcher résolument, sans un instant de retard, sans le moindre mouvement d'hésitation, sans la moindre défaillance, contre cette vague de fanatisme, et la briser. Aucun sacrifice ne doit paraître excessif pour atteindre ce but.

Le gouvernement d'Angora a d'ailleurs montré en face du danger un grand esprit de décision. Tout de suite, un plan de répression fut combiné par l'élite des officiers généraux turcs, et des ordres ont été donnés pour investir de tous côtés la région contaminée. Le mouvement est en cours d'exécution ; mais il convient de ne pas perdre de vue que les troupes ont à parcourir depuis leurs garnisons des distances considérables et que l'absence de routes et la nature accidentée du terrain retardent fortement leur avance. La révolte est en outre favorisée par l'hiver et l'accumulation des neiges. Néanmoins, les patriotes républicains de la Turquie entière envisagent la situation avec confiance et sans aucun pessimisme. L'opinion unanime est d'ailleurs que le régime actuel est établi de façon telle que ce ne sont pas les agissements des chefs kurdes qui pourront le renverser. Dans les milieux politiques, « populistes » et « progressistes » se sont empressés, d'autre part, de proclamer le principe de l'union sacrée, en plaçant les intérêts de la République au-dessus des dissensions de partis. Les hodjas de la grande Assemblée, les journaux les plus conservateurs du pays, comme le Tevhid, flétrissent de leur côté cette insurrection. Dans ces circonstances, les soldats de la guerre d'indépendance, soutenus par l'opinion unanime, n'auront pas de peine à écraser la révolte des vilayets orientaux."

Sur Hüseyin Cahit Bey/Yalçın : Hüseyin Cahit Yalçın et les Arméniens

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Hüseyin Cahit Yalçın et Refik Saydam face à la question des Juifs turcs et étrangers en Turquie

Hüseyin Cahit Yalçın, une victime oubliée de la répression politique en Turquie
 
 
Le programme des Jeunes-Turcs sous la République kémaliste
 
 
La présidence d'İsmet İnönü (1938-1950) : un souffle nouveau pour la République turque

Les activités collaborationnistes de Garéguine Njdeh en Bulgarie

Voir également : La place des Kurdes dans la révolution jeune-turque et la vie politique de la République de Turquie

Le docteur Nâzım Bey et les Kurdes
  
Ahmet Rıza (leader historique du CUP) et les Kurdes
 
Les tentatives de mise au pas des chefs tribaux kurdes (tourmentant notamment les paysans arméniens) par les Jeunes-Turcs

La volonté réformatrice de Talat Bey
 
L'alliance turco-kurde pendant la Première Guerre mondiale et la guerre d'indépendance turque

Le vrai visage de l'"alternative libérale" au Comité Union et Progrès et au kémalisme

Mehmet VI et le califat ottoman dans le jeu de l'impérialisme britannique


Le contexte de l'abolition du califat en Turquie (1924)
  
L'opposition du Parti républicain progressiste (1924-1925)
  
Les révoltes réactionnaires kurdes dans la Turquie de Mustafa Kemal

dimanche 21 juin 2020

Le docteur Nâzım Bey et les Kurdes




"La Turquie constitutionnelle", Le Temps, 25 août 1908 :

"Déclarations du docteur Nazim

(De notre correspondant particulier)

Smyrne, 15 août.

Je viens d'avoir une longue conversation avec le docteur Nazim bey, délégué à Smyrne du comité central de Salonique et inspecteur des succursales d'Anatolie du C. U. P. O. (comité Union et Progrès ottoman). Il m'a fait les déclarations suivantes.

— Dites bien que la tâche du C. U. P. O., loin d'être terminée, ainsi que beaucoup se l'imaginent, ne fait au contraire que commencer. Nous avons devant nous un travail immense. Nous avons réussi à faire proclamer la Constitution. Nous devons maintenant l'asseoir sur des bases tellement solides que toute réaction soit impossible. Nous avons surtout une oeuvre très importante à accomplir en Asie-Mineure, et je compte y consacrer de longs mois. L'Asie-Mineure est de beaucoup la partie la plus riche de l'empire ; grâce à sa fertilité, à ses richesses naturelles, à ses mines, elle a toujours été la grande ressource du Trésor. Malheureusement, la population, surtout celle de l'intérieur, est encore très arriérée, et il ne faut pas le dissimuler, tout à fait incapable pour le moment de comprendre de quoi il s'agit. Les paysans éprouvent de la satisfaction à voir disparaître une administration oppressive. Ils ne réalisent rien au delà. Les mots « Constitution », « élections », « Parlement » sont absolument vides de sens pour eux. Beaucoup croient que dorénavant ils ne payeront plus d'impôts. A ce point de vue, le contraste est frappant avec les populations si éveillées, si avancées de la Turquie d'Europe. Le paysan anatoliote est cependant naturellement très intelligent, mais des siècles d'oppression, d'ignorance, de misère ont fini par recouvrir son cerveau d'une écorce dure qu'il faudra lentement dissoudre par l'instruction, la douceur, les bons traitements. Les Kurdes, réputés si sauvages, ont une vivacité d'intelligence tout à fait remarquable.

» Je reconnais que pour le moment l'administration est tout à fait désorganisée, qu'elle n'existe même pour ainsi dire plus. C'est que nous avons cru nécessaire de faire un immense nettoyage, de détruire complètement l'espionnage. Aussi, dans tous les centres de quelque importance l'autorité militaire a pris la direction des affaires, cumulant souvent les fonctions administratives, financières, judiciaires même. Dans les gros villages, les comités envoient des délégués, écrivent aux mudhirs (maires) et aux imams. Il a été relativement facile de balayer les fonctionnaires voleurs et délateurs ; mais il est difficile de les remplacer, il n'y a pas d'hommes capables. Tout est à créer. Vous voyez que notre responsabilité est immense. Nous devons réussir ; sinon, c'est l'anarchie, la guerre civile. (...) » "

Voir également : XIXe siècle : problème agraire et question arménienne dans l'Empire ottoman

XIXe siècle : les défaillances de l'Etat ottoman et le problème de l'affirmation du pouvoir parallèle des féodaux kurde
 
Le contexte des exactions dans l'Empire ottoman tardif : insuffisances de l'administration, difficultés des réformes et du maintien de l'ordre

Un aperçu de la diversité humaine dans l'Empire ottoman tardif : moeurs, mentalités, perceptions, tensions


La place des Kurdes dans la révolution jeune-turque et la vie politique de la République de Turquie
  
Ahmet Rıza (leader historique du CUP) et les Kurdes

Les tentatives de mise au pas des chefs tribaux kurdes (tourmentant notamment les paysans arméniens) par les Jeunes-Turcs

La volonté réformatrice de Talat Bey

L'alliance turco-kurde pendant la Première Guerre mondiale et la guerre d'indépendance turque

Quand la presse française accusait Enver Paşa (Enver Pacha) de soutenir le nationalisme kurde

samedi 20 juin 2020

L'alliance turco-kurde pendant la Première Guerre mondiale et la guerre d'indépendance turque




Martin van Bruinessen, "Nationalisme kurde et ethnicités intra-kurdes", Peuples Méditerranéens, n° 68-69, juillet-décembre 1994, p. 24 :

"Il n'y avait pas, je l'ai dit, de frontière nette entre les musulmans turcs et kurdes. Durant la Première Guerre mondiale et la Guerre de "libération nationale" qui a suivi, Kurdes et Turcs ont combattu en commun les chrétiens locaux et étrangers. Des tentatives pour retourner les tribus kurdes contre les Ottomans et plus tard contre le mouvement kémaliste sur la base d'un intérêt kurde commun ont échoué. Certains Kurdes furent d'ailleurs attirés par le nationalisme turc. Le Kurde Abdullah Cevdet fut l'un des fondateurs du Comité d'union et de progrès des jeunes turcs (mais après la Grande Guerre, il fut aussi actif dans une association kurde). L'idéologue le plus influent du nationalisme turque, Ziya Gökalp (né à Diyarbakir en 1876) était probablement d'origine kurde ou peut-être, comme on l'a récemment soutenu, zaza. (Il est sans doute significatif que durant sa vie, la question de savoir s'il était turc ou kurde ne semble pas avoir été posée). En Irak, durant les années d'après-guerre, le leader religieux et politique kurde, Shaikh Mahmud Barzinji, était en relation avec le mouvement kémaliste dans la lutte contre les britanniques avant d'adopter une plate-forme nationaliste kurde."


"Le général Liman von Sanders et Talaat bey", Le Temps, 1er janvier 1915, p. 4 :


"L'envoyé spécial à Constantinople du journal de Budapest, Pesti Irlap, a interviewé le général Liman von Sanders et Talaat bey. (...)

Déclarations de Talaat bey

Voici maintenant ce que Talaat bey a dit au même correspondant :

Les deux grandes nations musulmanes, les Turcs et les Arabes, font la guerre avec le même enthousiasme et la même bonne volonté. Les Kurdes ne le cèdent pas aux Arabes. Le sentiment des nationalités chrétiennes ne s'est pas encore déclaré de la manière que nous aurions désirée. Cependant peut-on s'attendre à mieux de la part des chrétiens qui jusqu'à présent étaient sous l'influence et les intrigues des étrangers ? Notre devoir est naturellement de leur inculquer le sentiment patriotique. Mais pour cela il faut du temps, et actuellement il vaut mieux ne pas nous en occuper.

Nos relations avec les Etats neutres sont excellentes et une amitié intime nous unit avec la Bulgarie. J'ai l'espoir que nos efforts au Caucase et en Egypte seront couronnés de succès.


Il convient de relever que ni Liman von Sanders ni Talaat bey n'ont fait la moindre allusion à la guerre sainte dans leurs déclarations."


Jules Semenoff, "Un des aspects de la question turque", L'Eclair, 17 janvier 1920, p. 2 :


"Au mois de juin 1918, les troupes turques commencent le siège de Bakou sous la direction du général jeune-turc Nouri-pacha, frère d'Enver-pacha. Outre les troupes kurdes et turques, sous le haut commandement de Nouri-pacha, se trouvaient les troupes mal organisées de l'Azerbeidjan et les montagnards avec leurs chefs, Bammat et Tchermoïeff, qui sont actuellement à la tête de la délégation des montagnards à Paris."


J. Le Boucher, "De Constantinople à Angora : Les bases solides d'une popularité certaine", L'Action française, 26 juillet 1928, p. 1 :


"1918. — L'Empire ottoman est épuisé moralement et physiquement par une guerre effroyable survenue après tant d'autres pénibles. L'effondrement de l'Allemagne et de l'Autriche sonne le glas de l'Empire des Osmanlis. Si grande est la démoralisation, si totale la défaite que beaucoup de Turcs mettent leur espoir, dans un mandat américain sur la Turquie. Le pouvoir central n'existe plus ; l'unité de l'Etat s'en va par lambeaux. En perdant la Thrace, les Ottomans sont complètement chassés d'Europe ; en perdant la Cilicie, la Syrie, la Palestine, ils sont chassés de la rive méditerranéenne. L' « homme malade » prisonnier des Alliés semble résigné à rendre son dernier soupir après avoir agonisé durant des siècles. Mais l'odeur de cadavre qui flotte sur le kiosque d'Yldiz n'a pas encore envahi toute la Turquie. Un peu partout, d'Anatolie au Caucase, des énergies se réveillent. Panislamistes, simples patriotes se rapprochent les uns des autres pour tenter de sauver ce qui peut encore être sauvé. Les membres du vieux et célèbre comité : « Union et Progrès », s'agitent à nouveau. A Bakou, Nouri pacha, le frère du triste Enver, organise la résistance. Dans le Kurdistan, c'est Chevfik pacha [Yakup Şevki Subaşı], l'ancien commandant la la IXe armée, qui provoque un soulèvement des Lazes et des Kurdes. Un jeune officier supérieur, appartenant à la IIIe armée, fait preuve enfin, dans la région d'Erzeroum, d'une activité endiablée et d'une énergie qui le signale à l'attention de tous : c'est Mustapha Kemal."


Bulletin quotidien de presse étrangère, n° 1337, 26 décembre 1919, p. 4 :


"L'OCCUPATION BRITANNIQUE EN MESOPOTAMIE ET LES ARABES. — L'occupation et le pillage de Deir-es-Zar par des bandes arabes doit être rapproché du mouvement nationaliste turc en Asie Mineure. Enver pacha, de concert avec Mustapha Kemal, a fait preuve d'une grande activité chez les Kurdes ; les désordres causés récemment par cette peuplade au nord de Mossoul, sont dus pour une large part à l'influence turque. Enver a réussi probablement à gagner à sa cause le chef des Milli Kurdes, Ibrahim Pacha, dont l'autorité s'exerce au nord-est d'Alep ; un mouvement des Turcs et des Arabes vers Bagdad pourrait être appuyé par un contingent kurde, d'importance considérable. Le fait le plus inquiétant et le plus significatif est de voir que des éléments arabes aient pu être entraînés aussi aisément par les manoeuvres des nationalistes turcs. Dans certains milieux bien renseignés, l'on est porté à croire que l'hostilité des Arabes à notre égard a été accrue par la facilité avec laquelle nous avons fait place en Syrie aux Français, dont l'occupation n'est pas populaire et a provoqué déjà des manifestations, de la part de la population arabe. En réalité, sauf dans les villes les plus importantes, les Arabes, dans l'ensemble, ne nous manifestent aucune reconnaissance de ce que nous avons chassé les Turcs ; en dehors de la question religieuse, les Turcs étaient regardés favorablement en raison de leur profonde indolence. Notre administration est juste et intègre ; cependant les Arabes n'apprécient pas ses résultats ; ils voient avec défaveur que les impôts sont perçus intégralement, tandis que, sous le régime turc, il était possible de composer avec le cheik.

L'existence d'un parti turcophile à Bagdad même a été révélée, il y a quelques mois ; en même temps se manifestait dans tout le pays une vive opposition à toute occupation permanente par une puissance non musulmane. En somme, les sentiments favorables à la Grande-Bretagne, qui se sont développés en Syrie, ne paraissent pas avoir pris naissance chez les Arabes de Mésopotamie, et c'est là un élément qui pourra prendre de l'importance, dans la suite des événements. — (Ed.)

GLASGOW HERALD, 22.12."


"Bulletin du jour : La politique des bolchevistes", Le Temps, 10 novembre 1920, p. 1 :


"Dans l'ouest du Caucase, les bolchevistes profitent de l'offensive turque. On se rappelle que le 15e corps d'armée turc, commandé par le chef nationaliste Kiazim Karabékir, a pris le 2 novembre la ville de Kars que tenaient les Arméniens. On assure que les tribus de l'Anatolie, du Lazistan et du Kurdistan ont envoyé des contingents pour grossir les forces de Kiazim Karabékir, et l'on raconte même qu'une division de bolchevistes russes, la onzième, coopérerait avec lui. Maîtres de Kars, les Turcs avancent vers le nord-est, le long de la voie ferrée qui rejoint le chemin de fer Tiflis-Erivan. Dans les milieux anglais de Constantinople, on a reçu la nouvelle que les Turcs, dépassant la jonction de ces deux lignes, auraient occupé la ville d'Alexandropol. Si le fait est exact, les communications par chemin de fer se trouveraient coupées entre la Géorgie et Erivan, capitale de l'Arménie."


"Soulèvements anti-anglais dans le vilayet de Mossoul", La Lanterne, 15 janvier 1923, p. 3 :


"Londres, 14 janvier. — Une dépêche de Constantinople, parvenue ici ce soir, annonce qu'en dépit des mandats officiels qui ont été donnés par le gouvernement britannique, il y a bien eu récemment des soulèvements anti-anglais à Mossoul et aux environs.

Le gouvernement d'Angora a publié aujourd'hui un communiqué donnant plusieurs détails sur ce mouvement insurrectionnel. Ce document établit, par exemple que, dans le district d'Erbil, des avions britanniques jettent actuellement des bombes incendiaires sur les rebelles, brûlant les villages et détruisant une grande partie du bétail parqué dans les champs.

C'est ainsi qu'une escadrille anglaise aurait bombardé Ravandiz.


Dans les districts de Rayns, Mamurl, et Derband, les avions anglais se seraient particulièrement signalés par leurs destructions."


Voir également : La place des Kurdes dans la révolution jeune-turque et la vie politique de la République de Turquie

Ahmet Rıza (leader historique du CUP) et les Kurdes
 
Le rôle de l'Organisation Spéciale/Teşkilat-ı Mahsusa (dirigée par l'immigré tunisien Ali Bach-Hamba) pendant la Première Guerre mondiale

Le nationalisme turc et le panturquisme sont-ils les motifs des massacres et des déportations d'Arméniens (1915) ?
  
Les volontaires arméniens de l'armée russe : des criminels de guerre

Les atrocités des insurgés arméniens en Anatolie orientale (avant les déportations de 1915)
   
Le massacre des Kurdes par les Arméniens et Assyriens
  
Les massacres arméno-russes de musulmans en Anatolie

  
Le massacre massif des Kurdes par les Arméniens de l'armée russe durant la Première Guerre mondiale
 
Les combattants arméniens à Erzurum (1918) : lâcheté et massacres de civils

L'action du général Kâzım Karabekir en faveur de l'enfance en détresse


Deux criminels de guerre assyriens de la Première Guerre mondiale : le patriarche Mar Shimoun et le "général" Agha Petros

La culpabilité des Assyro-Chaldéens dans la répression coloniale contre les Kurdes

Traité de Sèvres : l'opposition sans équivoque des Kurdes au projet d'un Etat grand-arménien

Quand la presse française accusait Enver Paşa (Enver Pacha) de soutenir le nationalisme kurde

Alexandrette, Mossoul, Ourmia : les politiques suivies par Mustafa Kemal Atatürk

samedi 16 mai 2020

Les révoltes réactionnaires kurdes dans la Turquie de Mustafa Kemal




"Le conflit du Proche-Orient : L'Insurrection du Kurdistan", L'Humanité, 27 février 1925, p. 3 :

"Les informations venant de Londres affirment que la révolte kurde prend une extension considérable. Les insurgés se seraient emparés des vilayets d'El-Azir, Dartin et Diarbékir (situés à 125 kilomètres du Karput) ce qui motiverait l'ampleur du mouvement.

D'après les mêmes sources anglaises, le chef des insurgés, le cheik Saîd qui se trouve à la tête de 7.000 hommes, a déclaré la guerre religieuse à la Turquie athée. Son succès aurait été marqué, non seulement par l'extension de la révolte, mais aussi par la jonction aux rebelles des détachements de l'armée gouvernementale et de la gendarmerie.

Le caractère de la révolte se précise. D'une part la propagande cléricale de Saîd et son intention de proclamer comme roi et calife un des fils d'Abdul Hamid, Selim Effendi, d'autre part un démenti caractéristique de Londres déclare fausse l'information des journaux turcs, suivant laquelle les insurgés disposeraient d'avions britanniques.

La complicité de l'impérialisme anglais apparaît encore plus évidente si l'on envisage que le 9 mars, la S. D. N. traitera la question de Mossoul. Les revendications turques dans cette question sont basées sur le fait que la région de Mossoul est peuplée par des Kurdes. Une révolte kurde en Turquie, allant jusqu'à la proclamation de l'indépendance du Kurdistan, constitue en l'occurrence un appui d'une très grande valeur pour la thèse impérialiste."


"Le conflit du Proche-Orient : La Révolte réactionnaire du Kurdistan", L'Humanité, 28 février 1925, p. 3 :

"Le caractère réactionnaire et impérialiste de la révolte kurde se précise de plus en plus. Les informations de source anglaise insistent sur l'importance de la révolte, sur son caractère profondément religieux et sur les succès des insurgés qui trouvent l'appui de toute la population, irritée par la politique laïque du gouvernement de Kemal Pacha.

Il est évident que l'impérialisme anglais a savamment exploité les préjugés religieux des Kurdes, pour les jeter contre la Turquie qui lutte pour son indépendance.

On sait, en effet, que le traité de Sèvres imposé à la Turquie avait réduit l'ancien empire turc à un tiers de son territoire d'avant-guerre (405.768 kil. carrés, au lieu de 1.423.839 kil. carrés). Pour le Kurdistan, on adopta un statut spécial.

La résistance armée victorieuse des Turcs en 1921 contre les Grecs qui, au nom des impérialismes de l'Entente, voulaient imposer à la Turquie la soumission, avait aboli certaines stipulations du traité de Sèvres.

Mais il reste entre autres la question du pétrole de Mossoul. Et c'est le pétrole qui régit le monde capitaliste. Il est donc clair que l'impérialisme anglais a tout intérêt, non seulement à insister sur l'ampleur et le caractère « national » de la révolte, mais à la « soutenir de toutes ses forces », car le Kurdistan « indépendant » résout automatiquement l'affaire de pétrole de Mossoul et beaucoup d'autres.

C'est pour ces raisons qu'on doit être très circonspect à l'égard des informations de Londres, d'autant qu'elles sont contredites par les nouvelles de Constantinople, qui signalent d'importants échecs des insurgés. Ainsi Kharpout et le vilayet d'El-Azir où la révolte a commence ont été repris par les Turcs, secondés par la population locale. Toute la presse turque et l'Assemblée nationale d'Angora furent unanimes à approuver le gouvernement grec [sic : turc] dans sa lutte contre les insurgés qui sont au service de l'impérialisme anglais."


"A propos de l'insurrection kurde : L'impérialisme anglais et le Kurdistan", L'Humanité, 2 mars 1925, p. 3 :

"La presse étrangère, la presse allemande en particulier, publie sur le soulèvement des Kurdes des informations fantaisistes de source anglaise, prétendant que gênés par l'expansion turque en Orient, les bolcheviks auraient organisé ce soulèvement. Or, c'est toute le contraire qui est vrai. Un télégramme de Moscou à Imprekor dit qu'en Russie on considère le soulèvement en question comme une tentative de restauration entreprise par la réaction et l'impérialisme.

Kemal pacha représente en gros le mouvement de libération nationale. Il s'efforce de libérer la Turquie de l'influence religieuse musulmane et des restes du régime féodal. Contre Kemal luttent : 1. l'impérialisme ; 2. les grands propriétaires féodaux ; 3. les gens d'église ; 4. les commerçants des ports alliés au capital étranger. Le prétendu parti républicain progressiste fondé récemment comprend toutes les forces réactionnaires de Turquie. Les insurgés se recrutent principalement parmi les nomades fanatisés par les gens d'église. Derrière les insurgés se tient l'Angleterre qui est intéressée au premier chef à la question de Mossoul, c'est-à-dire à la question du naphte.

L'époque du soulèvement avait été soigneusement établie après que la question de Mossoul eût été étudiée par la commission de la Société des Nations.

La répression du soulèvement est rendue difficile par l'état des chemins, par les intempéries et par la lutte de classe.

Le gouvernement de Kemal s'appuie sur la petite et moyenne bourgeoisie des villes et une partie de la paysannerie. Il mène la lutte contre les grands propriétaires, les gens d'église et l'impérialisme britannique.

Vers la liquidation de la révolte kurde

D'après les renseignements de Constantinople, les troupes régulières turques continuent à poursuivre les insurgés kurdes. De nombreuses tribus se sont jointes aux forces du gouvernement d'Angora.

D'autre part, l'agence « Anatolie » dément les renseignements d'après lesquels les villes Malatié, Erghani et Diarbékir seraient tombées entre les mains des insurgés."


"L'insurrection kurde : La démission de Fethy Bey", L'Humanité, 4 mars 1925, p. 3 :

"La révolte des Kurdes fomentée par l'impérialisme anglais allié au fanatisme religieux de ce peuple nomade et aux éléments réactionnaires de la Turquie, semble avoir provoqué dans ce pays une grave crise politique.

On annonce, en effet, la démission du gouvernement de Fethy bey, déposée à la suite des dissentiments avec le parti républicain populaire sur la politique intérieure du gouvernement.

La crise politique en Turquie ne peut que servir les intérêts de l'impérialisme anglais, surtout à l'heure actuelle, quelques jours avant la date fixée pour la discussion à la S. D. N., du rapport sur la question du pétrole de Mossoul. Elle encouragera en outre tous les partisans de l'ancien régime, dont le porte-parole, l'ex-sultan Mahomed VI, de son exil à San Remo, vient de lancer un message d'encouragement aux insurgés. Dans l'entourage de l'ex-sultan on ne cache plus que Mohamed n'a pas perdu l'espoir de rentrer en souverain à Constantinople.

Il faut croire que son espoir et celui des agents impérialistes seront prochainement déçus, comme il résulte de l'action des forces de la Nouvelle Turquie contre les insurgés.

La défaite des insurgés

On annonce en effet d'Angora :

Des bandes armées d'insurgés qui voulaient s'approcher, de la ville de Khigui ont été repoussées par des détachements de gendarmerie renforcés par la population locale.

Poursuivies activement, des bandes armées, rejetées précédemment de Kharpout, ont attaqué Tchemichkeseque et ont été battues par les forces locales.

La localité de Hani et celle de Pirani, centre des insurgés, ont été bombardées par avions.

Des forces insurgées ont été aperçues dans le nord de Diarbékir et dispersées par un bombardement par avions."

  
"Dans l'Orient musulman : Les peuples opprimés se réveillent", L'Humanité, 24 mars 1925, p. 3 :

"La situation dans l'Orient musulman continue à inspirer de vives inquiétudes à l'impérialisme britannique.

En Asie Mineure, on peut déjà enregistrer l'échec de la révolte kurde fomentée par l'Angleterre, révolte qui avait pour but de créer un fait accompli dans la question de Mossoul. La liquidation de l'insurrection réactionnaire des kurdes, malgré les difficultés, se poursuit lentement, mais méthodiquement."


"Les négociations en cours : Des propositions turques au Cabinet britannique", L'Humanité, 2 avril 1925, p. 5 :

"On sait que l'impérialisme britannique poursuit avec obstination le rattachement de Mossoul à l'IRAK. Or Mossoul représente le centre culturel et économique du Kurdistan. Le Mémorandum présenté à la conférence de Lausanne indiquait que sur 603.000 habitants, Mossoul comptait 263.000 Kurdes, 146.000 Turcs, 20.000 Yesides, 31.000 autres musulmans, 30.000 Arabes.

La politique anglaise s'est efforcée de développer les tendances séparatistes chez certains Kurdes désireux de constituer un Etat kurde indépendant de la Turquie. Chaque fois que siège ou qu'est sur le point de siéger une assemblée de la S. D. N. le cabinet de Londres provoque dans le pays kurde une insurrection réactionnaire.

Le dernier soulèvement kurde fut sourdement soutenu par la presse réactionnaire turque. La pression qu'elle exerça fut considérable sur Fethi bey qui ne sut prendre les mesures de rigueur qu'exigeait la situation. Le journal radical Djemchunet prétendit même, non sans raison, que l'indécision de Fethi bey a grandement contribué à favoriser les intrigues des grands propriétaires en Anatolie orientale.

Son successeur, Ismet pacha, a affirmé sa volonté de liquider définitivement l'insurrection de l'Anatolie. Or il est évident que la solution britannique du problème de Mossoul n'aurait d'autre résultat que de créer un irrédentisme. La Turquie manifeste ses intentions pacifiques en proposant un règlement à l'amiable au cabinet britannique. En même temps elle entend maintenir ses droits sur Mossoul qui est situé au croisement des vieilles routes commerciales rattachant la mer Noire à Bagdad et la Perse à la Méditerranée.

Aux visées de l'impérialisme britannique le gouvernement d'Angora oppose ainsi sa double volonté de maintenir la paix et d'assurer à la Turquie son indépendance véritable."


"Le réveil du monde musulman : Le Proche-Orient se dresse contre l'impérialisme européen", L'Humanité, 13 avril 1925, p. 1 :

"Les événements qui se succèdent avec rapidité, en Asie Mineure, ont une importance très grande. Sous la conduite du gouvernement d'Angora, le monde musulman se réveille partout et se dresse contre l'impérialisme européen.

La Grande-Bretagne, qui est, avec la France, la principale spoliatrice des peuples musulmans, voit, partout en Orient sa domination ébranlée.

Après la crise égyptienne, marquée par le succès des partis de Zaghloul Pacha, voici que la presse de Londres retentit de cris d'alarme devant les échecs britanniques en Palestine et à Mossoul. Pour affaiblir le gouvernement d'Angora, l'Angleterre avait fomenté la révolte du Kurdistan. Et les conséquences sont tout autres qu'elle pouvait l'espérer ; la révolte des Kurdes a été rapidement écrasée et a permis la mobilisation générale de l'armée turque comme celle des troupes persanes. Maintenant, l'Orient tout entier se dresse.

A l'heure où la Commission de la Société des Nations rédige un rapport qui doit remettre l'Irak, c'est-à-dire la Mésopotamie sous le joug plus pesant de l'Angleterre, les troupes de Perse sont alertées et l'armée turque campe dans les villayets d'Anatolie.

Et il a suffi que lord Balfour mette le pied en Palestine et en Syrie pour que la population ameutée chasse à coups de pierre et de trique le représentant britannique, symbole de l'impérialisme spoliateur !

Echec en Egypte, échec en Palestine, échec à Mossoul, tel est le bilan de la domination anglaise ces derniers mois. C'est un sérieux avertissement pour l'impérialisme français, en Syrie et dans l'Afrique du Nord."


"Autour du voyage de lord Balfour : Le réveil du monde oriental", L'Humanité, 14 avril 1925, p. 3 :

"A quelques jours d'intervalle la politique britannique a subi en Orient trois retentissants échecs. La révolte des Kurdes, subventionnée par le Cabinet de Londres avortait devant la résistance turque ; les zaghloulistes obtenaient la majorité au Parlement égyptien ; à Jérusalem et à Damas, lord Balfour était l'objet de manifestations particulièrement violentes. Le représentant anglais, craignant sans doute qu'elles ne se reproduisent, a renoncé à s'arrêter à Alexandrie."


G. Péri, "Après l'abdication de la S. D. N. : Mossoul... : L'Assemblée impérialiste s'occupe maintenant des affaires de ses vassaux", L'Humanité, 22 septembre 1925, p. 3 :

"Impuissance ? Allons donc ! les hommes de Genève ont été bien les complices des visées colonisatrices de Londres. Car, il ne faut pas s'y tromper, malgré la protestation de M. Amery, l'ajournement est une excellente affaire pour le gouvernement britannique. Il ne laissera pas échapper, croyez-le bien, les avantages qu'il peut tirer de la trêve ainsi obtenue. Rappelez-vous la dernière révolte kurde provoquée par Londres à l'époque où la commission d'enquête se mettait au travail — et qui visait à infirmer la thèse d'Angora d'après laquelle Turcs et Kurdes pouvaient vivre en bonne intelligence !

La manœuvre était par trop grossière. Mais les colonialistes britanniques ont dans leur sac plus d'un projet de machination. Complots, révoltes soudoyées, provocations, intrigues, Londres mettra tout en œuvre pour que le monopole des pétroles de Mossoul soit entre les mains de l'Anglo-Persian."
 
 
"L'impérialisme travailliste est l'instigateur du soulèvement kurde", L'Humanité, 21 août 1930, p. 3 :

"La presse bourgeoise d'Allemagne désigne avec une unanimité significative l'impérialisme anglais et son gouvernement travailliste comme l'instigateur du soulèvement kurde.

Le Courrier de la Bourse (Berliner Borsen Kurier) écrit entre autres : « L'idée n'est donc pas absurde que d'essayer d'affaiblir encore plus la Turquie qui déjà se trouve dans une situation économique très difficile, par les dépenses que nécessiterait la lutte contre le soulèvement kurde et aussi par l'absence des entrées d'impôts dans les pays en état de guerre. Cet affaiblissement supplémentaire obligerait la Turquie à se montrer plus accessible aux désirs anglais de procurer une aide financière si la Turquie pouvait ainsi obtenir la paix à sa frontière orientale. La révolte kurde aurait ainsi servi à deux buts. L'Angleterre pourrait encore enregistrer comme avantage supplémentaire l'aggravation des relations turco-persanes.

L'autre but, c'est l'Union Soviétique, avec laquelle l'Angleterre est persuadée que le grand règlement de comptes ne manquera pas de se produire... Un Etat indépendant kurde, formellement autonome, mais en réalité sous l'influence anglaise et se trouvant entre l'Union Soviétique, la Perse et la Turquie et tout près de l'Irak, donne dans une action contre l'U. R. S. S. un point d'appui stratégique de premier ordre.

Le Berliner Lokalanzeiger écrit : « Il est prouvé maintenant que tout le mouvement kurde est dirigé de l'étranger. En Turquie même, on dit sinon officiellement, mais assez clairement, que dans cette affaire il n'y a que des milieux politiques anglais qui peuvent avoir la main dans le jeu. »

La Germania écrit : « Du côté turc, comme du côté persan, on affirme depuis le commencement des troubles kurdes, que l'Angleterre a eu la main dans le jeu de leur préparation. Dans la politique anglaise dans le proche Orient, les forces qui agissent dépassent celles du gouvernement momentanément au pouvoir. Après les dernières expériences en Palestine, en Afghanistan et en Arabie, un tel soupçon rend superflu toute argumentation. »

La Deutsche Algemeine Zeitung écrit d'une façon laconique : « Le fait qu'on a trouvé chez les Kurdes insurgés des armes de fabrication anglaise et des mitrailleuses Hotchkiss à peine sorties d'usines, également de fabrication anglaise, prouve que c'est de nouveau l'Angleterre qui se trouve au fond des choses. » "


Gabriel Péri, "Intrigues antisoviétiques dans le Proche-Orient : Que se passe-t-il en Turquie ?", L'Humanité, 29 décembre 1930, p. 3 :


"N'oublions pas enfin, lorsque nous parlons des choses de Turquie, que si le gouvernement de Kemal Pacha a su imposer avec énergie certaines réformes — la plus audacieuse est sans doute l'abolition du khalifat — sa politique est férocement antiouvrière. Toutes les organisations syndicales sont interdites en Turquie. Les démonstrations du Premier Mai y sont rigoureusement prohibées. Le Parti communiste est hors la loi.

Les grandes puissances d'Occident n'ont pas vu sans grande amertume, au lendemain de la guerre, la Turquie échapper à leur emprise. C'est en effet contre l'impérialisme occidental et grâce à l'aide fraternelle de la Russie Soviétique, que la Turquie a pu conquérir son indépendance et abolir le traité de Sèvres. Mais à Paris comme à Londres, on n'a pas renoncé à s'assurer la collaboration turque contre l'Union Soviétique.

Dans le front antibolcheviste, qui va de la mer Baltique à la mer Noire, la Turquie devrait être, au gré des fauteurs d'aventures de France et d'Angleterre, une pièce essentielle. Lawrence dépensa beaucoup d'efforts et beaucoup d'argent pour tenter d'obtenir ce résultat. Le dernier en date de ses exploits fut l'insurrection réactionnaire des Kurdes, agencée en août dernier par le colonel de l'Intelligence Service."


Voir également : La place des Kurdes dans la révolution jeune-turque et la vie politique de la République de Turquie

Le vrai visage de l'"alternative libérale" au Comité Union et Progrès et au kémalisme

Mehmet VI et le califat ottoman dans le jeu de l'impérialisme britannique

La lutte d'indépendance impulsée par Mustafa Kemal : une résistance à l'occupation de l'Entente et aux irrédentismes gréco-arméniens

Le contexte de l'abolition du califat en Turquie (1924)

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Après tout, qui se souvient de ce que faisait Vahan Papazian pendant la Seconde Guerre mondiale ? Du maquis des fedai à la collaboration avec le IIIe Reich, en passant par le soutien au Khoyboun : l'engagement de toute une vie au service de la FRA-Dachnak

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