mercredi 3 février 2016

Azaz-Alep : les attaques conjointes des forces pro-Assad et des YPG

"Analyse
Alep : le tourment décisif des frappes russes
Par Luc Mathieu, Envoyé spécial à Gaziantep, à la frontière turco-syrienne — 29 janvier 2016 à 18:31

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Etau

Dans la périphérie, après des affrontements entre rebelles et jihadistes de l’Etat islamique (EI) à la fin 2013, les positions n’ont guère évolué. Mais depuis deux mois, les lignes bougent. Les troupes syriennes, alliées à des combattants du Hezbollah libanais, des miliciens chiites irakiens et des conseillers iraniens, tentent d’encercler les faubourgs de la ville. Précédés par les bombardements russes, ils s’en approchent. Ils progressent depuis le sud et l’est. L’étau n’est pas refermé, mais les rebelles ne tiennent plus que la périphérie nord-ouest.

«Franchement, si ça continue à ce rythme, on ne peut plus exclure qu’Alep soit bientôt encerclé. Ce serait catastrophique, plus d’un million de civils seraient piégés», explique le conseiller politique d’un groupe de l’Armée syrienne libre (ASL), opposée au régime. «Depuis trois ans, on répète que les rebelles vont finir par prendre le contrôle total d’Alep. Mais ce n’est jamais arrivé. Cette fois, c’est l’inverse qui risque de se produire. Si jamais Alep est assiégé et repris par le régime, c’en est fini de la révolution», ajoute un diplomate occidental.

La bataille se joue en réalité dans toute la région au nord de la ville. Les rebelles appartiennent en majorité à des groupes locaux, issus de l’ASL, la branche modérée de l’opposition, celle dont le régime et les responsables russes nient l’existence, estimant que la rébellion n’est que «terroriste». Les salafistes d’Ahrar al-Sham sont également présents. Les jihadistes du Front al-Nusra, la branche syrienne d’Al-Qaeda, viennent quant à eux d’envoyer des renforts. Tous font face à trois de leurs ennemis : le régime, l’EI et les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), le pendant syrien du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), actif en Turquie. «Oui, sans aucun doute, on peut dire que la situation est complexe», dit en souriant le conseiller de l’ASL. Il ne sourit plus quand il ajoute : «Ils visent avant tout les groupes de l’ASL parce que nous sommes les plus faibles. Ils veulent nous éradiquer.»

Les combats sont quotidiens. Ils alternent d’un front à l’autre, forçant les rebelles à se regrouper avant de se défaire pour rejoindre une autre position. La coalition intervient rarement, ne bombardant que si l’EI risque de s’emparer d’une ville. L’enjeu est pour l’instant de contrôler la route qui relie Azzaz, près de la frontière turque, à Alep. Aidées par des frappes russes, les forces loyalistes attaquent cette zone stratégique par le sud, les Kurdes par l’ouest. Ces derniers se sont alliés à quelques groupes arabes, sous la bannière du Front démocratique syrien. «C’est une blague, les Arabes ne représentent rien, c’est une façade pour faire croire aux Occidentaux que les Kurdes sont prêts à créer une force pluraliste. En réalité, ce sont eux qui ont les hommes et les armes. Et ce sont eux qui prennent les décisions», dit le conseiller de l’ASL.

Autonomie

Depuis le début de la guerre en Syrie, les Kurdes n’ont jamais dévié de leur objectif : unifier leurs territoires, dont une partie jouit déjà d’une autonomie de fait. Ils doivent donc conquérir Azzaz, seul moyen pour relier Afrine, à l’ouest, aux villes kurdes qui jouxtent la frontière irakienne, à l’est. Ce plan ulcère la Turquie, qui rejette violemment l’idée d’un Kurdistan syrien agrégé le long de sa frontière.

Pour le contrecarrer, Ankara mise sur la création d’une «zone de sécurité» contrôlée par des rebelles aux portes de la Turquie. Selon ses estimations, celle-ci serait longue d’une centaine de kilomètres - entre Azzaz et Jarablous - et large d’une trentaine. Sauf qu’aujourd’hui, une partie de cette zone est sous l’emprise de l’EI. Les Turcs s’appuient sur les groupes syriens qu’ils financent et arment, tels les Turkmènes de Sultan Mourad. Ils effectuent aussi parfois des tirs d’artillerie lourde depuis la Turquie. Après plusieurs revers, les rebelles ont repris l’initiative. En trois semaines, ils ont reconquis une dizaine de villages à l’EI et se rapprochent de leur fief de Manbij. Avant de se retirer, les jihadistes avaient pris soin d’empiler des cadavres décapités de combattants de l’ASL à l’entrée de plusieurs villages - les têtes étaient regroupées un peu plus loin. L’EI est également ciblé par le régime et ses alliés. Eux progressent depuis le sud d’Alep et la base militaire de Kuwaires, dont ils ont brisé le siège imposé par les jihadistes. Ils avancent désormais vers Al-Bab, autre place forte de l’EI.

«Modèle»

Ces plans, qu’ils soient turcs, kurdes, rebelles ou loyalistes, n’ont rien d’inédit. Ils sont à l’œuvre, au moins en partie, depuis 2013. Mais ils sont démultipliés par l’implication de la Russie. Après s’être attaquée à Homs et Lattaquié, les positions rebelles qui menaçaient le plus la survie du régime, aux alentours de Damas, l’aviation russe a basculé vers le nord. Mais les objectifs de la Russie ne sont pas que militaires. Même si les quartiers généraux de la rébellion à Alep ont été visés ces dernières semaines, les cibles sont avant tout civiles."

Source : http://www.liberation.fr/planete/2016/01/29/alep-le-tourment-decisif-des-frappes-russes_1429924

Voir également : La Russie et Assad veulent couper les rebelles syriens de la Turquie, et peu importe que ce soit via l'expansion de l'EI ou du PYD

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