mercredi 13 janvier 2016

Sur Yusuf le Kurde : "clairement le profil le plus inquiétant que l'on ait rencontré à Marseille" (un policier)

"Agresseur du prof juif à Marseille : "J'ai honte de ne pas l'avoir tué"

Actualités
Faits divers - Justice

Mercredi 13/01/2016 à 09H56 - mis à jour à 10H11

Révélations sur les déclarations de Yusuf en garde à vue. L'adolescent tient un discours structuré, quasi "politisé", et représente, selon nos sources, un profil "indétectable". Reportage dans son immeuble où il est décrit comme "banal"

Yusuf s'en est visiblement remis à la justice divine. L'adolescent, qui aura 16 ans dans une semaine, aurait pu minimiser son attaque, plaider le coup de folie, s'extirper du contexte terroriste actuel, exprimer des regrets. Refusant d'emblée l'assistance d'un avocat - la loi lui a imposé cette présence -, c'est pour la stratégie strictement inverse qu'il a opté dès son arrestation et tout au long de sa garde à vue jusqu'à son transfert, hier en fin de journée, dans les locaux du Renseignement intérieur à Levallois. "Je n'ai jamais lu un PV d'audition pareil, il présente une détermination étonnante. Il est remonté comme une pendule, ça fait froid dans le dos", lâchait hier un proche de cette affaire dont le parquet antiterroriste s'est saisi dès lundi après-midi.

Selon nos informations, Yusuf a tenu un discours "structuré, quasi politisé", face aux questions des enquêteurs de la brigade criminelle de la sûreté départementale, qui ont procédé à ses premières auditions. "Je ne regrette rien, j'en suis fier", a par exemple dit l'adolescent avant d'expliquer qu'il avait acheté la machette - avec laquelle il a frappé et blessé le professeur juif lundi matin - une dizaine de jours plus tôt et que, la veille au soir, il savait qu'il passerait à l'action le lendemain matin...
"Le profil le plus inquiétant que l'on ait rencontré à Marseille"

Concernant le choix de sa cible, Benjamin, cet homme de 34 ans qui s'en allait à pied enseigner à l'institut franco-hébraïque, situé sur le boulevard Paul Claudel (9e), il a déclaré que "seul Allah le sait", avouant au passage "avoir honte de ne pas l'avoir tué", "de ne pas avoir eu la force". La froideur de sa détermination dépassée, c'est finalement le fond du discours de ce Turc d'origine kurde qui interpelle le plus les proches de cette affaire. Un policier chevronné n'hésite d'ailleurs pas à dire que Yusuf "est clairement le profil le plus inquiétant que l'on ait rencontré à Marseille, pour l'heure". Selon nos sources, le jeune garçon aurait confié avoir commencé à s'intéresser aux thèses djihadistes en mars 2014. "Il explique qu'à cette époque il a vu à la télé des reportages défendant, en gros, l'hypothèse selon laquelle les Occidentaux sont martyrisés par les musulmans et qu'il a décidé de se renseigner par lui-même. De fil en aiguille, il est tombé sur des sites djihadistes où notamment la parole d'al-Baghdadi (autoproclamé calife de l'État islamique en juin 2014, Ndlr) dit l'inverse, que ce sont les musulmans qui sont persécutés. Et il a adhéré, rejetant au passage le système démocratique de nos sociétés."

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Pour l'heure, rien ne montrerait, dans les investigations menées notamment dans son matériel informatique, que le jeune homme a été embrigadé autrement que par une auto-radicalisation, notamment sur son smartphone comme il l'a expliqué. "Pas de voyages passés, et pas de commanditaires détectés pour l'instant", assure une source judiciaire. Reste que, selon nos informations, Yusuf - qui a indiqué avoir prié quelques fois seulement à la mosquée de la Capelette (10e) - a revendiqué le souhait qu'il entretenait de partir incessamment sous peu en Syrie... "Je ne représente pas Daech, ce sont eux qui me représentent", aurait-il même rétorqué à un enquêteur, assurant que la France "fait tout pour protéger les juifs".

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Un spécialiste s'inquiétait hier "du profil absolument indétectable et imparable de cet adolescent qui dit que ses parents sont des apostats (qui ont abandonné la religion, Ndlr), de mauvais musulmans", tout en s'interrogeant sur "le côté pied nickelé puisqu'il n'a même pas pris soin de vérifier que sa machette était aiguisée". Une autre source judiciaire de conclure : "Je pense qu'il nourrissait une réelle volonté de tuer mais qu'il a été dans l'incapacité de passer totalement à l'acte." La fébrilité de son très jeune agresseur a peut-être sauvé la vie de Benjamin...

La consternation dans son bâtiment

La famille - les parents et leurs trois fils (Yusuf est le 2e) - a emménagé il y a 5 ans dans la résidence La Pauline (9e). Au rez-de-chaussée, Odette se dit "navrée pour la famille car ils ont l’air bien", mais estime que "les jeunes deviennent fous, on ne les élève plus comme avant, ce n’est pas normal de vouloir tuer à 16 ans". En face, Mohamed raconte avoir vu la police débarquer lundi matin avec Yusuf, menottes au poignet, pour une perquisition. "Il m’a salué, moi j’ai pensé qu’il s’était battu au lycée ou ce genre de trucs. C’est après, quand j’ai entendu parler à la télé des origines turques et kurdes de l’agresseur du professeur juif, que j’ai compris..." René, le voisin d’en dessous, décrit "un jeune banal, plutôt serviable, qui va chercher son petit frère à l’école, qui aide sa mère pour les courses", qui ne montrait "aucun signe extérieur de radicalisation"."

Source : http://www.laprovence.com/article/actualites/3749258/agression-antisemite-a-marseille-jai-honte-de-ne-pas-lavoir-tue.html

Pour rappel : Marseille : un jeune Kurde commet une agression antisémite et se revendique de l'EI

Voir également : Europe : démantèlement d'un réseau djihadiste kurde lié à l'EI
 
 
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