dimanche 14 juin 2015

Amnesty International confirme l'existence des exactions commises par des miliciens yézidis en janvier dernier

"Irak : des violences religieuses de plus en plus meurtrières

[10/06/2015]

Un an après l’assaut de l’État islamique contre l’Irak, les civils sont victimes des crimes commis par l’EI et des attaques en représailles menées par les milices chiites et les forces gouvernementales.

L’ampleur de l’horreur dans laquelle l’Irak a basculé au cours de l’année écoulée est révélée sur notre carte-récit interactive. Parallèlement, nous avons publié deux synthèses, qui livrent les informations recueillies par l’organisation sur deux tueries perpétrées en janvier 2015 dans le but, semble-t-il, de se venger des crimes de l’EI : le massacre d’au moins 56 hommes arabes sunnites à Barwana, un village de la province de Diyala, par des miliciens chiites et des membres des forces gouvernementales, et le meurtre de 21 villageois arabes sunnites dans la région de Sinjar par des membres d’une milice yézidie. (...)

DES POPULATIONS ENTIÈRES VISÉES

Dans une attaque en représailles le 25 janvier 2015, les membres d’une milice yézidie ont attaqué deux villages arabes, Jiri et Sibaya, tuant 21 résidents et pillant et brûlant des maisons. Quasiment aucune maison n’a été épargnée. La moitié des personnes tuées étaient des hommes âgés ou handicapés, des femmes et des enfants. Quarante autres ont été enlevées - 17 manquent encore à l’appel. Des résidents ont affirmé que des membres des pechmerga et des asayich, les forces de sécurité du Gouvernement régional du Kurdistan, étaient présents au moment de l’attaque mais qu’ils n’ont pas tenté de les arrêter.

Le père de deux des victimes, un garçon de 15 ans et son frère de 20 ans qui vivaient à Jiri, a dit à Amnesty International que ses fils avaient été abattus et leurs corps abandonnés dans un village yézidi voisin. Leur jeune frère, qui n’a que 12 ans, a reçu quatre blessures par balles, dans le dos, à la poitrine, au bras et à la jambe, mais a miraculeusement survécu. Nahla, 34 ans, mère de cinq enfants et résidente de Jiri, a expliqué que son mari et leur fils ont été froidement abattus, et que même son bébé a échappé de peu à la mort - une balle a troué la couverture dans laquelle il était enveloppé alors qu’elle le tenait dans ses bras.

Dans le village de Sibaya, non loin, la plupart des personnes tuées étaient âgées, ou des hommes et des femmes handicapés qui n’étaient pas en mesure de s’échapper. Deux enfants ont également été tués. « On n’aurait pas pu imaginer que les agresseurs s’en prendraient aux personnes âgées et infirmes, mais ils l’ont fait », a dit un homme racontant que son père, âgé de 66 ans, a été abattu dans son fauteuil roulant. « Il est extrêmement inquiétant de voir des membres de la communauté yézidie, qui a tellement souffert aux mains de l’EI, commettre à leur tour des crimes aussi brutaux».

Ces tentatives malavisées de se rendre justice et de se venger sur des populations entières se soldent par de nouvelles tragédies et de nouvelles souffrances pour les civils.

METTRE FIN À L’IMPUNITE

Si les autorités du Gouvernement régional du Kurdistan et les pechmerga ont essayé de tenir les communautés yézidies et arabes séparées, afin de prévenir de nouvelles attaques, il semble qu’aucune enquête n’a été menée sur les attaques contre Jiri et Sibaya Les carnages et le chaos qui ont caractérisé l’année écoulée, depuis que l’EI a pris le pouvoir, font ressortir l’image d’un Irak plus fracturé et âprement divisé que jamais, et de factions rivales prêtes à tout pour se détruire les unes les autres, sans se soucier de faire la distinction entre combattants et civils. Les autorités irakiennes doivent faire tout ce qui est possible pour désamorcer les tensions dues à l’intolérance religieuse, en traduisant en justice les auteurs de violations, sans opérer de discrimination.

Les victimes doivent savoir que ceux qui commettent des crimes de guerre et d’autres graves violations seront tenus responsables à titre individuel, quelles que soient leur religion, leur appartenance ethnique ou leur position. Si l’on ne met pas fin à cette impunité, les civils irakiens resteront pris au piège de violences meurtrières motivées par l’intolérance religieuse, et ce sont des populations entières - et non pas les auteurs individuels - qui continueront à payer le prix fort."

Source : http://www.amnesty.fr/Irak-des-violences-religieuses-de-plus-en-plus-meurtrieres-15410

Pour rappel : Chiri et Sibaya (Irak) : des combattants yézidis s'adonnent à des représailles sur les civils arabes (dont des femmes âgées)

Irak : diverses sources confirment l'existence d'exactions perpétrées par le PKK-YPG dans des villages arabes

Un combattant tribal yézidi du Sinjar : "Nous voulons tuer des musulmans. Nous voulons en tuer beaucoup. Plus nous en tuerons, mieux ce sera."

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