mercredi 14 janvier 2015

Le "nettoyage idéologique" du PKK

Le nettoyage idéologique du PKK

Mümtazer Türköne
Istanbul

Mercredi, Décembre 31, 2014 - 17:16

Il y a quelques jours, des affrontements violents ont éclaté à Cizre dans le sud-est de la Turquie entre le PKK et le mouvement sunnite kurde Hüda-Par. Des violences que le chroniqueur Mümtazer Türköne analyse ici comme le résultat d’une tentative de nettoyage idéologique par le PKK des Kurdes qui ont choisi de ne pas rejoindre ses rangs.

Les affrontements sanglants entre Daesh et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à Kobané ont mis en lumière une situation étrange : des Kurdes combattant d’autres Kurdes. Plus de la moitié des forces de Daesh – 80 % si l’on s’en tient à une déclaration – étaient composée de Kurdes.


Ce qui est certain, c’est que leur commandant était kurde. D’un point de vue extérieur, on peut voir ce conflit comme un affrontement entre un mouvement politique ethnique et un mouvement politique aux motifs religieux et on pourrait souligner l’existence de l’organisation supranationale Daesh. La vérité est bien plus simple.

L’hégémonie du PKK sur la société ne laisse aucune place à la diversité. Par conséquent, afin d’échapper à la pression du PKK, d’aucuns trouvent refuge dans le camp adverse. Les derniers affrontements sanglants qui ont eu lieu à Cizre entre le PKK et Hüda-Par, parti sunnite kurde également connu comme étant le Hezbollah turc et n’ayant aucun lien avec le Hezbollah libanais, sont le résultat des tentatives de nettoyage idéologique du PKK.

Etre Kurde ne suffit pas pour avoir le droit de vivre sur un territoire dominé par le PKK. Il faut soutenir le PKK et faire partie de son réseau organisé. Il faut aussi voter pour le Parti démocratique des peuples (HDP), payer des impôts au PKK et être recruté dans ses camps de guérilla.

Face aux pressions du PKK, rejoindre une organisation adverse reste une option

Le processus de paix empêche les autorités publiques de prendre des mesures contre ces pressions et menaces de la part du PKK. Résultat, deux options se présentent aux Kurdes qui refusent de rejoindre les rangs du PKK dans les régions dominées par le groupe.

La première est de s’échapper vers l’ouest ; la deuxième de trouver refuge au sein de l’organisation Hüda-Par, dont la position est opposée à celle du PKK. L’intensification du conflit entre Hüda-Par et le PKK est le signe de pressions accrues. Hüda-Par est un parti islamiste qui n’est pas aussi radical que Daesh ou al-Qaïda.

Actuellement, il renonce aux méthodes violentes. Mais si la pression du PKK s’intensifie et que les autorités publiques ne lui viennent pas en aide, il pourrait finir par avoir recours aux armes. Ce qui, en somme, contribuera à leur radicalisation idéologique.

Une idéologie basée sur une organisation hiérarchique

L’islamisme est le produit de conditions sociologiques. Historiquement, Kurdes et Arabes s’organisaient selon des structures de clan hiérarchiques. Ils ont aujourd’hui reproduit ces modèles traditionnels au sein des organisations politiques des temps modernes.

Dans une atmosphère de conflit permanent, si vous n’appartenez à aucun clan, vous pouvez trouver refuge au sein d’une organisation qui ressemble à un clan. Une telle organisation est en train d’être créée sur la base de l’idéologie. Dans le Rojava, région de Syrie majoritairement kurde, le PKK a accompli ce génocide idéologique ces trois dernières années.

Les Kurdes n’appartenant pas au PKK ont été bannis de la région et remplacés par des Kurdes de Turquie pro-PKK. Les Kurdes qui avaient été dépouillés et chassés de leur domicile sont retournés dans les rangs de Daesh et ont attaqué le PKK avec une rage inouïe.

Le nationalisme kurde comme principal soutien du PKK

L’idéologie du PKK est une idéologie séculière et stalinienne qui remonte à l’époque de la Guerre Froide. Les Kurdes religieux trouvent difficilement leur place dans cette idéologie.
Aujourd’hui, le principal soutien du PKK provient non pas de son idéologie marxiste mais du nationalisme kurde. Les Kurdes ressentent un malaise face à cela.

Ils expriment leur mécontentement en s’organisant autour de Hüda-Par. La pression du PKK entraîne une montée de l’islamisme kurde. L’emphase que le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a exprimée vis-à-vis de l’«ordre public» attire l’attention sur le nettoyage ethnique du PKK.

Mais cet aspect n’est pas considéré comme un obstacle au PKK dans les pourparlers entre les services de renseignement turcs (MIT) et le leader du PKK, Abdullah Öcalan. Le vrai paradoxe, c’est que l’hégémonie idéologique du PKK ne fait qu’encourager l’islamisme.
Source : http://www.zamanfrance.fr/article/nettoyage-ideologique-pkk-13820.html

Voir également : Cizre : accrochages entre Kurdes pro-PKK et Kurdes islamistes

Turquie : affrontements meurtriers entre Kurdes pro-PKK et Kurdes islamistes du Hizbullah

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