dimanche 23 novembre 2014

Ayn al-Arab/Kobanê et la Turquie : lettre de Celâl Bayar (président de la FATSR) au journal Le Temps (Suisse)

Le Temps
Place de Cornavin 3
Case postale 2570
1211 Genève 2

A l’attention de la Rédaction,
& Coin lecteurs "vous et nous"

Genève, le 23 octobre 2014

Monsieur le Rédacteur en Chef,

Nombre de nos membres et amis nous ont contactés pour exprimer leurs désaveux et préoccupations quant à la publication de l’article paru dans la rubrique "Débats" de votre journal du 20 Octobre 2014 et signé par Monsieur Taimoor Aliassi en nous demandant d'intervenir auprès de votre rédaction.

Devant les graves accusations portées par Monsieur Taimoor Aliassi, il s’avère, en effet, indispensable que vos lecteurs puissent être équitablement informés sur la situation en Syrie et plus particulièrement sur celle à Kobané.

Même si le sort de la ville de Kobané est devenu le centre de l'attention du monde entier ses derniers mois, il faut ne pas oublier que la misère et la désolation régnaient déjà en Syrie. Kobané n'était, de loin, pas la première cible de l’Etat islamique (EI): ces extrémistes avaient envahi un vaste terrain d'Azzaz en Syrie à Kirkouk en Irak. Tout comme ils tentent aujourd'hui de chasser les Kurdes de Kobané, ils avaient tout d'abord, tué, intimidé et expulsé les Turcomans, les Arabes, les Yézidis et les Chrétiens, soit tous les peuples Syrie, comme le cite d'ailleurs un de vos lecteurs, Monsieur Michel Orme, dans son courrier publié le même jour.

Nous sommes convaincus que la Turquie est et sera toujours en première ligne dans la lutte contre le terrorisme, y compris devant cette nouvelle menace que représente l’EI. La Turquie et ses forces vives sont prêtes, capables et désireuses de continuer à assumer les responsabilités qui leur incombent, ce d'autant plus que la Turquie a été longtemps victime du terrorisme arménien d'abord (l'ASALA) puis celui du PKK.

Contrairement à ce que Monsieur Taimoor Aliassi voudrait nous faire croire, la Turquie n'a jamais tourné le dos à Kobané. Elle a ouvert ses frontières, a accueilli avec générosité toutes les personnes qui souhaitent s'y réfugier, fourni toute l'aide humanitaire possible et a agi en pleine coopération avec la coalition internationale. Le Gouvernement régional du Kurdistan d’Irak (GRK) n'a-t-il pas également fait une déclaration indiquant qu'il est en contact avec la Turquie et les Etats-Unis pour aider Kobané? Suite aux consultations entre le gouvernement turc et le GRK, la Turquie a également facilité le passage des forces de Peshmergas kurdes à Kobané, poursuivant ainsi sa contribution à la sauvegarde de la ville pour que ses habitants puissent y retourner sains et saufs et ce dans les meilleurs délais.

Il n’y a aucun doute que devant la menace que représente l’EI, tous les membres de la communauté internationale doivent être prêts à jouer leurs rôles afin d'éradiquer ce fléau d'un autre âge. Une action résolue et globale telle que proposée par la Turquie est nécessaire pour atteindre cet objectif, impliquant de facto la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne avec des zones de sécurité en Syrie pour protéger ses citoyens. Sans elles, toute opération serait insuffisante contre les menaces actuelles.

Même si les multiples avertissements antérieurs de la Turquie concernant les résultats probables de la crise en Syrie sont tombés dans l'oreille d'un sourd, la Turquie continuera à rester à l'écoute des besoins du peuple syrien.

L'aide humanitaire de la Turquie étant sans précédent, le nombre de Syriens de toutes origines ethniques et religieuses qui ont fui et trouvé refuge en Turquie ne cesse d'augmenter: il approche maintenant les 2 millions de personnes. Cette charge a été appréciée en paroles par la communauté internationale mais pas en actes!

L'indifférence quasi-totale de la communauté internationale doit cesser au plus vite et les menaces à la paix et à la sécurité internationales posées par l’EI doivent être prises en compte dans leurs globalités.

D'autre part, l'auteur de l'article parle quelque peu naïvement "d’un Kurdistan syrien autonome, ensemble institutionnel crée en 2012 et doté d’une constitution, avec à sa tête une coprésidence, une région inspirée du modèle suisse"! L'ironie veut que personne n’était au courant de la création d'une telle entité jusqu’à la publication dudit article. Ni l'ordre du jour que la Partie d’union kurde (PYD) veut nous imposer, ni son point de vue concernant l'avenir de la Syrie ne sont compatibles avec ceux de l'opposition syrienne modérée qui se bat pour une Syrie démocratique dans le respect de son intégrité territoriale. Force est donc de constater que ni le PYD ni l'EI, tous deux soucieux de contrôler des zones spécifiques à leurs intérêts propres, n'ont pour objectif une société démocratique dans une Syrie libre, forte et unie.

Transférer le pouvoir à un gouvernement représentatif comprenant toutes les composantes du peuple syrien et émanant d'une véritable transition politique en conformité avec "le Communiqué de Genève" doit toujours être notre priorité. En espérant que notre point de vue retiendra votre attention et qu'il en sera fait mention dans votre journal, veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur en chef, l'expression de nos sentiments dévoués.

Fédération des Associations Turques de Suisse Romande

Celâl Bayar
Président
Source : http://fatsr.org/wp-content/uploads/2014/11/LETTRE-LE-TEMPS-EN-REPONSE-A-M.-T.-ALIASSA-KOBANE.pdf

Voir également : Michel Orme : "Facile d'accuser la Turquie"