samedi 4 octobre 2014

PKK-PYD-YPG : "On peut comprendre les inquiétudes turques" (Didier Billion)

"La Turquie s'engage (finalement) contre Daesh : comment comprendre ses hésitations
Publié le 01-10-2014 à 11h25 - Modifié à 12h28

Par Didier Billion
Dir. adj. de l’IRIS

LE PLUS. Le 23 septembre, la Turquie a clarifié sa position : oui, elle participera bien à la coalition organisée par les Etats-Unis pour combattre l’Etat islamique (Daesh). Le président Erdogan a ainsi mis fin à une ambiguïté difficile à supporter pour l'Otan. La Turquie a-t-elle vraiment joué double-jeu pendant plusieurs semaines ? L'analyse de Didier Billion, directeur adjoint de l'IRIS.

Édité et parrainé par Hélène Decommer

Depuis plusieurs mois, il est de bon ton, chez de nombreux commentateurs, d’ironiser, de s’inquiéter pour certains, sur les évolutions de la politique extérieure de la Turquie.

L’angle d’attaque de ces critiques est immanquablement de souligner la forte contradiction qui existe entre les déclarations passées, maintes fois répétées, de Ahmet Davutoglu, alors ministre des Affaires étrangères, sur le "zéro problème avec nos voisins" et la réalité actuelle de cette assertion.

Quelques données basiques à rappeler

Certes, la Turquie connaît aujourd’hui de réelles difficultés dans ses relations avec la plupart de ses voisins. Toutefois, deux remarques s’imposent.

La première est que la formule forgée par l’ancien ministre des Affaires étrangères, même si elle a conjoncturellement de fortes difficultés à être mise en œuvre, représentait un formidable changement de paradigme par rapport à la formule "le Turc n’a pas d’autre ami que le Turc", qui a, durant des décennies, été l’un des adages de la politique extérieure turque. Modification donc essentielle dans la perception des Turcs de leur environnement géopolitique.

La seconde, même si elle n’absout pas les erreurs de la Turquie, oblige à admettre qu’il est plus complexe d’articuler une politique régionale fluide et raisonnée lorsque que l’on possède pour voisin la Syrie, l’Irak ou l’Iran, plutôt que l’Espagne, l’Italie, la Suisse ou l’Allemagne.

Inutile donc de prétendre donner des leçons à la Turquie sans prendre en compte ces données basiques, pourtant visiblement nécessaires à rappeler.

Des raisons légitimes à l'hésitation turque...

Au cours des dernières semaines, les interrogations se sont concentrées sur les hésitations de la Turquie à participer aux opérations militaires contre l’Etat islamique. De multiples raisons justifient cette posture.

Parmi celles qui sont légitimes, on peut parfaitement comprendre que les autorités d’Ankara ne souhaitent pas se retrouver partie à une intervention sous l’égide des Etats-Unis, sans résolution explicite de l’Organisation des Nations unies (ONU) et sans que les objectifs politiques des opérations militaires aient été clairement annoncés.

On peut aussi comprendre les inquiétudes turques devant la décision de quelques Etats occidentaux d’armer les groupes de combattants kurdes, notamment le Parti de l’union démocratique, projection syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation qui continue, dans le même temps, à être classée dans la liste des organisations terroristes par les Etats-Unis et l’Union européenne.

La contradiction n’est pas secondaire et nécessite que le processus de résolution politique, donc la mise en œuvre d’un compromis politique, entre l’Etat turc et ledit PKK puisse être mené à son terme dans les meilleurs délais. C’est la condition pour que la question kurde ne devienne pas un facteur supplémentaire de déstabilisation régionale."

Source : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1245527-la-turquie-s-engage-finalement-contre-daesh-comment-comprendre-ses-hesitations.html

Voir également : Jean-Pierre Chevènement : "l'armement du PKK poserait inévitablement de graves difficultés avec la Turquie"

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