dimanche 14 septembre 2014

Wassim Nasr : "on trouve même des Kurdes, notamment dans la ville d’Halabja, qui rejoignent les rangs des djihadistes de l’Etat islamique"

"Le « rempart » kurde

JOL Press : En s’attaquant au Kurdistan, principal allié des Etats-Unis, l’Etat islamique n’a-t-il pas pris un gros risque ?

Wassim Nasr : En fait, jusqu’à maintenant, l’Etat islamique n’a pas attaqué directement le Kurdistan. Il a attaqué les peshmergas [combattants kurdes, ndlr] dans des zones contestées avec Bagdad, hors des frontières administratives du Kurdistan tracées en 1991, après la première guerre du Golfe, quand les Kurdes ont obtenu leur autonomie.

Après 2003 et la chute de Saddam Hussein, les peshmergas ont avancé et sont sortis du Kurdistan administratif. Désormais, avec la débandade de l’armée irakienne, les Kurdes ont continué leur expansion et pris des zones riches en pétrole, comme Kirkouk. Ils veulent créer une sorte de ceinture de sécurité autour de leur territoire, mais cela n’a pas vraiment fonctionné, parce que l’Etat islamique a repris certaines de ces zones.

Après la débandade de l’armée irakienne, les Kurdes ont été perçus par le monde entier comme les uniques remparts contre l’Etat islamique. Il était donc inévitable que l’Etat islamique se retourne contre eux. Les djihadistes se sentaient obligés d’opérer une sorte d’attaque préventive pour se protéger, sans pour autant dépasser les frontières administratives du Kurdistan.

Les Kurdes, par ailleurs, ont un rôle assez ambigu. Ils ont aidé l’armée irakienne à certains moments. De même, en Syrie, certains Kurdes aident l’armée syrienne et d’autres combattent Bachar al-Assad. Les Kurdes ne sont pas une entité homogène, il y a beaucoup de mouvances au sein de leur groupe : on trouve même des Kurdes, notamment dans la ville d’Halabja, qui rejoignent les rangs des djihadistes de l’Etat islamique. À mon sens, le danger pour le Kurdistan vient plutôt de ces gens-là que d’une invasion avec tentes, chars et drapeaux de l’Etat islamique."

Source : http://www.jolpress.com/etat-islamique-ei-irak-syrie-djihadistes-etats-unis-frappes-article-827661.html

Voir également : Les Kurdes et l'EIIL

EIIL : le double jeu des peshmerga de Barzani