jeudi 30 janvier 2014

"Le PKK, c’est aussi la terreur pour certains Kurdes."

Question kurde: «La France n’a aucun intérêt à contrarier la Turquie»

Créé le 29/01/2014 à 14h59 -- Mis à jour le 30/01/2014 à 12h15

DECRYPTAGE – Les arrestations de Kurdes soupçonnés d’être proches du PKK se sont accélérées…

Depuis 2007, environ 200 Kurdes soupçonnés d’entretenir des liens avec le Parti des travailleurs kurdes (PKK), classé comme organisation terroriste par l’Union européenne et les Etats-Unis, ont été arrêtés en France. Une accélération a été constatée sous l’ère sarkozyste. «Ce volet de la coopération franco-turque est d’ailleurs le seul qui a bien fonctionné sous Sarkozy [qui n’était pas favorable à l’entrée du pays dans l’Union européenne]», explique auprès de 20 Minutes, Dorothée Schmid, spécialiste des politiques européennes en Méditerranée et au Moyen-Orient et responsable du programme Turquie contemporaine à l'Institut français des relations internationales (Ifri).

En se rendant en Turquie mardi et mercredi, 22 ans après la dernière visite d’un Président français –François Mitterrand en 1992–, l’objectif de François Hollande était de relancer les échanges économiques. Mais surtout de tourner la page des relations difficiles avec Ankara, qui n’a toujours pas digéré l’opposition de la France à son entrée dans l’UE. Sans doute, au cours de cette visite diplomatique, les dossiers d’Adem Uzun et des trois Kurdes assassinées à Paris ont été abordés.
Tradition du complot et de la fabrication de preuves

Dans cette logique de rapprochement, «la France n’a aucun intérêt à contrarier la Turquie sur la question kurde», analyse Dorothée Schmid. Une position que regrettent les lobbies kurdes. «Pourquoi la France se préoccupe-t-elle des intérêts communautaires internes à la Turquie? s’interroge un avocat proche des milieux kurdes. Sans doute, dans les relations diplomatiques, l’échange de renseignements se négocie. Surtout en ce moment, à l’heure où des djihadistes transitent par ce pays pour se rendre en Syrie. Par ailleurs, on s’aperçoit que lorsque d’importants contrats sont signés entre les Turcs et d’autres pays, des dirigeants kurdes sont arrêtés dans ces pays.»

«En Turquie, il y a une tradition du complot et de la fabrication de preuves», nuance la chercheuse de l’Ifri. La frontière entre le PKK et les associations kurdes qui se sont développées un peu partout en Europe, notamment en France et à Bruxelles, peut être ténue. «Parfois, mais pas toujours, elles sont gérées en sous-main par des clandestins du PKK», explique une source du renseignement.
Tous les Kurdes ne soutiennent pas le PKK

De son côté, la communauté européenne s’inquiète régulièrement de cet amalgame et de «l’absence de progrès sur la question kurde». Un rapport de 2012 a même pointé «la nécessité de respecter l’état de droit dans les procès en cours» et «les éventuelles utilisations abusives du code pénal et de la loi antiterroriste».

Ce message s’adresse au traitement réservé aux anciens négociateurs kurdes qui ont tenté de trouver, au cours des discussions d’Oslo (Norvège) entre 2009 et 2011, une solution politique, non-violente et démocratique au conflit. A l’issue de ces tractations avortées, plusieurs d’entre eux, dont Adem Uzun, ont été arrêtés en Europe et figurent sur une liste du Drug Enforcement Administration (DEA) des Etats-Unis, le service de lutte contre les réseaux de stupéfiants. Les milieux kurdes y voient un «acharnement judiciaire».

«Il ne faut pas croire que tous les Kurdes soutiennent le PKK», avance Dorothée Schmid. L’organisation perd petit à petit de l’influence, surtout auprès des jeunes générations et de la diaspora. «Le PKK, c’est aussi la terreur pour certains Kurdes. Des gens sont rackettés pour servir leur cause», poursuit la spécialiste. On soupçonne d'ailleurs des règlements de compte internes. «Au vu de la situation régionale et notamment de la crise syrienne, le PKK est divisé et a tout intérêt à durcir ses positions face aux Turcs», conclut la spécialiste.

William Molinié
Source : http://www.20minutes.fr/societe/1284278-20140129-question-kurde-la-france-na-aucun-interet-a-contrarier-turquie

Voir également : Qui sont les victimes du PKK ?

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