lundi 14 janvier 2013

Triple assassinat de "militantes" kurdes : la piste du règlement de compte interne privilégiée

Mystérieux assassinat de militantes kurdes

Par Christophe Cornevin, Jean-Marc Leclerc

Mis à jour le 10/01/2013 à 21:56 | publié le 10/01/2013 à 18:32

Les enquêteurs explorent la piste de dissensions au sein du Parti des travailleurs du Kurdistan.


Trois militantes kurdes assassinées, retrouvées mortes, dans la nuit de mercredi à jeudi, dans les locaux associatifs de leur communauté au centre de Paris, 147 rue La Fayette, dans le Xe arrondissement. L'émoi suscité par ce triple crime a justifié la présence sur les lieux du ministre de l'Intérieur en personne, le matin même. «Soyez assurés de la détermination des autorités françaises pour faire toute la lumière sur cet acte tout à fait insupportable, a affirmé Manuel Valls, tandis que, dans la rue, les manifestants pro-kurdes scandaient des slogans tels que «nous sommes tous du PKK» ou «Turquie assassin, Hollande complice!»
La thèse turque «invraisemblable»

Mais la thèse d'un attentat perpétré en France par les autorités turques semble déjà «invraisemblable», aux yeux des experts français de l'antiterrorisme. «Je vois mal l'État turc monter ce type d'opération en France, confie un policier spécialisé. La coopération policière et judiciaire est l'un des domaines où Paris et Ankara s'entendent le mieux. Des échanges d'informations ont lieu entre les magistrats antiterroristes de la galerie Saint-Eloi et leurs homologues en Turquie. Dans ces circonstances, il est impensable, voire ridicule, de voir une barbouzerie derrière cette affaire…» Même son de cloche chez les juges antiterroristes. «Difficile d'imaginer les services turcs se livrer chez nous à des opérations sur les Kurdes, surtout dans le contexte actuel de négociation avec cette communauté», réagit, à chaud, un magistrat.


Sur le terrain, la sous-direction antiterroriste de la PJ et la section antiterroriste de la brigade criminelle de Paris, saisis conjointement par le parquet, ne négligent aucune hypothèse. En premier lieu, ils explorent la piste de dissensions internes au sein du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), auquel les trois victimes étaient liées. Outre le cadavre de Fidan Dogan, présidente du Centre d'information kurde, les policiers ont retrouvé le corps sans vie de Leyla Soylemez, une «jeune activiste» et celui de Sakine Cansiz, présentée comme «une des fondatrices du PKK». Cette dernière était une proche d'Abdullah Öcalan, chef de file de ce mouvement indépendantiste.

Des scissions internes entre différents courants du PKK, pro ou anti-lutte armée, pourraient être à l'origine d'une équipée sanglante et bien ciblée. Deux des victimes ont été exécutées d'une balle dans la nuque. La troisième a été touchée par deux projectiles, au front et au ventre. Le ou les sicaires ont a priori pénétré sans peine dans les locaux, pourtant protégés par deux digicodes. Les policiers n'excluent pas non plus une expédition fomentée par la faction turque d'extrême droite des «Loups gris», un mystérieux contentieux personnel et, bien sûr, la piste crapuleuse. Connu pour recruter des «soldats» parmi la diaspora kurde en France, mais aussi en Italie et en Allemagne pour les envoyer faire un «service national» clandestin dans des camps d'entraînement d'Anatolie, le PKK se finance en effet par le racket intracommunautaire, notamment par la vente forcée de revue nationaliste et l'«impôt révolutionnaire» exigé aux ouvriers immigrés et petits commerçants. Du racket à grande échelle qui suscite autant de convoitises que de solides rancœurs.

Sakine Cansiz, figure du PKK

Le patronyme de Sakine Cansiz, l'une des trois femmes assassinées dans le Centre d'information du Kurdistan à Paris, signifie «sans vie» en turc. Cette militante était une cadre du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Europe, dont elle est une figure historique. Elle était présente aux côtés d'Abdullah Öcalan, le chef de la rébellion, lors de la réunion de 1978 dans le village kurde de Fis, dans le sud-est de la Turquie, qui marque la naissance du mouvement indépendantiste. Elle l'a également rejoint en Syrie, selon le quotidien Hürriyet,et a encadré les combattantes femmes dans la plaine de la Beeka, au Liban, où le PKK s'entraînait au début des années 1990. Réfugiée politique en France depuis de nombreuses années, Sara, selon son nom de code, faisait partie du KCK - organisation politique du PKK réprimée par les autorités turques. Engagée dès les débuts dans la lutte armée, Sakine Cansiz fut arrêtée en 1979 et torturée à la prison de Diyarbakir où des milliers de militants kurdes ont été tués.
Source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/01/10/01016-20130110ARTFIG00714-mysterieux-assassinat-de-militantes-kurdes.php