mercredi 16 janvier 2013

François Hollande et le terrorisme kurde

"Le président François Hollande a qualifié d"horrible" le meurtre à Paris dans la nuit de mercredi 9 à jeudi 10 janvier de trois militantes kurdes. "C'est horrible, [cela touche] directement trois personnes dont l'une [était] connue de moi et de beaucoup d'acteurs politiques car elle venait régulièrement nous rencontrer, a déclaré le chef de l'Etat. Pour l'instant, l'enquête est engagée et je crois qu'il vaut mieux attendre pour qu'on connaisse bien les causes et les auteurs.""

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/01/10/trois-femmes-kurdes-tuees-d-une-balle-dans-la-tete-a-paris_1814768_3224.html

""Comment peut-on régulièrement rencontrer des membres d'une organisation qualifiée de terroriste par l'Union européenne et qui sont recherchés par Interpol? Quel genre de politique est-ce là?", a déclaré le chef du gouvernement turc devant les membres d'une organisation patronale lors d'un discours retransmis à la télévision.

"Le président français doit immédiatement expliquer à l'opinion turque et au monde pourquoi il a rencontré des membres de cette organisation terroriste, de quoi ils ont parlé, à quelle fin il était en contact avec ces terroristes", a ajouté Recep Tayyip Erdogan."

Source : http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL6N0AH1QY20130112?pageNumber=2&virtualBrandChannel=0

Voir également : Scandaleux : deux élus PS mêlés à l'hooliganisme kurde pro-PKK en France

Juifs et Kurdes à Diyarbakir

"Les juifs de Diarbékir

M. Nassi, directeur de l'école de l'Alliance, à Téhéran, a adressé au Comité central la relation suivante :

Dans son intéressant rapport sur les juifs de Kamechlié publié dans le numéro de Paix et Droit d'avril 1934, M. Silver a parlé des Juifs de Diarbékir.

Permettez-moi de rappeler ici quelques souvenirs sur nos coreligionnaires perdus dans cette partie du Kurdistan turc et au milieu desquels j'ai passé une quinzaine de mois.

C'était au début de 1912 ; j'avais été nommé professeur de français et d'histoire au lycée de cette ville. Celle-ci avait, dès le premier abord, attiré mon attention. Entourée d'épaisses murailles datant de l'époque grecque, romaine ou arabe, surplombant des rochers à pic au bord des ravins profonds, elle détachait au loin son imposante et terrifiante silhouette avec ses larges donjons, ses hautes tourelles et ses fins créneaux qui avait résisté non seulement aux attaques des hommes et des hordes envahissantes, mais aussi à l'usure inlassable du temps ; car tout était resté presque intact et l'on pouvait même alors visiter les souterrains, les casemates, les immenses dépôts et se promener sur cet autre mur de Chine que le génie et la persévérance humaines avaient dressé. Quatre portes solides et monumentales gardées en ce temps par des gendarmes et fermées dès le coucher du soleil, isolaient les habitants du reste des vivants et les mettaient ainsi à l'abri des surprises nocturnes ; tout ce qui était au delà de l'enceinte était abandonné à son propre sort, ce qui faisait que les endroits les plus poétiques se transformaient en de vrais coupe-gorges ou en repaires de bandits.

En bas, vers le Sud-Est, le Tigre coulait mugissant et majestueux, traversant des gorges sauvages de rocs de granit et de basalte, si bien que la ville semblait un nid d'aigle au sommet d'une montagne ; et, en effet, bien après le Moyen Age, cette ville était comptée parmi les citadelles imprenables et les sultans ottomans, avec les nombreux titres qu'ils se donnaient et les villes qui les suivaient, aimaient à mentionner ce bastion, cause d'effroi des envahisseurs qui, du Nord au Sud ou du Sud au Nord devaient passer par là pour se rendre au coeur de l'Asie-Mineure ou de la Transcaucasie, ou en Mésopotamie. Grecs, Romains, Arabes, tous s'y étaient rencontrés et avaient sur la pierre laissé la trace de leur présence et la mention de leur occupation.

La ville comptait alors 200.000 habitants, composés pour la plupart de Kurdes appartenant à toutes les tribus éparpillées depuis le Nord de l'Assyrie jusqu'au Sud, ce qui fut autrefois la Chaldée, montagnards farouches, réfractaires à toute idée nouvelle, préférant garder avec leur pittoresque costume de peau de chèvre au pantalon bouffant et le long bonnet de feutre, la liberté d'action sur les monts comme dans les plaines. Les Arméniens y étaient nombreux ; sans cesse menacés par leurs voisins qui, au moindre prétexte, faisaient irruption dans leur quartier, s'emparaient de leurs biens et souvent les massacraient, ils étaient obligés d'émigrer en Amérique ou d'aller chercher refuge dans des contrées plus clémentes et plus hospitalières. A cette époque, la population israélite était très peu nombreuse ; elle se composait d'une centaine de maisons, soit en tout 250 à 300 âmes, parquées dans la partie nord, presque à la lisière de la ville ; leur situation était très misérable ; comme, hélas ! partout dans ces lointaines contrées d'Orient qui sont restées longtemps fermées au contact des étrangers et au bienfait de la civilisation occidentale, ils se livraient au colportage, au petit commerce, à la fabrication et à la vente de l'eau-de-vie, etc. Ils parlaient le turc, le kurde, l'hébreu et le targoum, mélange de ces deux dernières langues ; ils n'avaient ni école, ni cimetière, ni talmud-torah ; un vieux rabbin enseignait dans une petite cour malpropre l'hébreu aux petits enfants ; malgré leur nombre et le manque de tous moyens d'enseignement, il arrivait à leur apprendre les premiers éléments de la langue ; de sorte qu'il n'y avait presque pas de gens ignorants ; il m'a été possible, lors de mon séjour là-bas, de leur donner à titre gratuit un maître de turc. Je m'étais intéressé à l'état de ces malheureux et j'avais attiré sur eux l'attention des autorités centrales et de la Communauté de Constantinople ; la campagne ouverte dans les journaux cessa par suite de mon déplacement.

Au milieu des huttes et des maisons misérables construites en terre, composées d'un petit espace de quelques mètres carrés abritant quatre ou cinq familles, véritables taudis où s'entassaient pêle-mêle hommes, femmes, enfants et vieillards, s'élevait une synagogue, coquette avec ses colonnes de pierre noire et ses voûtes élancées qui détonnaient dans ce dénuement. Vous n'allez point vous étonner quand vous saurez qu'elle a pu être érigée grâce au don de 100 livres sterling que Sir Moses Montefiore fit à la Communauté en 1881, don accompagné d'une lettre en hébreu de l'illustre philanthrope ; en signe de gratitude, elle l'avait fidèlement conservée, à côté d'un vieux rouleau de la Loi écrite sur une peau de gazelle. Sir Montefiore accusait réception d'une dépêche que nos frères lui avait lancée, probablement soit à l'occasion d'une épidémie, soit lors d'une famine qui, autrefois, décimait la population entière d'une contrée.

Dans la cour attenante à la synagogue, les morts reposent presque au contact des vivants, contrairement à toute règle de l'hygiène la plus élémentaire ; ce soin avait sa raison d'être, car il m'a été dit que, durant les années de sécheresse, les Kurdes avaient l'habitude de couper la tête d'un mort juif et de la jeter au Tigre : il fallait donc mettre les morts à l'abri de cette offense et voilà pourquoi dans la petite cour, derrière le temple, les tombes s'entassaient les unes sur les autres. Un autre procédé grossier était en usage pour avoir l'eau du ciel. Placé sur le toit, un homme devait, paraît-il, guetter un convoi mortuaire et cracher sur le cercueil qui portait le juif à sa demeuré dernière. Le fait m'avait profondément frappé ; et j'avais demandé au Gouverneur général de la contrée l'abolition de ces coutumes aussi barbares qu'humiliantes.

Les juifs, épousant le caractère de leurs voisins kurdes, m'avaient paru fort susceptibles et quelque peu belliqueux, et il m'est arrivé une fois de me rendre au quartier, durant les fêtes de Tichri pour ramasser les armes, car les fidèles s'échappant du temple au milieu de l'office, s'étaient, je ne sais à la suite de quel ridicule incident, postés sur les toits, se menaçant les uns les autres.

Les femmes sortaient voilées et j'ai été très étonné de voir la femme du Rabbin, le soir de Pâques, accroupie derrière la porte-pour écouter le récit de la délivrance de nos aïeux de la terre de l'esclavage.

L'Alliance Israélite s'était jadis intéressée à cette Communauté, et j'ai sous les yeux la lettre en hébreu qu'Isidore Loeb lui avait adressée le 11 mai 1876 et une autre de la même année dans laquelle le regretté secrétaire lui disait que « la nuit serait changée en jour » ; cette correspondance s'échangeait par l'entremise de M. Fesani, probablement le Consul français de la contrée.

Mais une suite de circonstances malheureuses et la guerre générale qui bouleversa et désorganisa tout, ne permirent point de mettre ce projet à exécution, de sorte que cette « nuit » pèse encore bien lourdement sur ces pauvres gens."

Source : Paix et Droit (organe de l'Alliance Israélite Universelle), n° 6, 14e année, juin 1934, p. 8-9.
Source : http://turquetto.blogspot.com/2012/11/les-juifs-de-diyarbakir-et-le.html

Voir également : L'antisémitisme kurde

lundi 14 janvier 2013

Triple assassinat de "militantes" kurdes : la piste du règlement de compte interne privilégiée

Mystérieux assassinat de militantes kurdes

Par Christophe Cornevin, Jean-Marc Leclerc

Mis à jour le 10/01/2013 à 21:56 | publié le 10/01/2013 à 18:32

Les enquêteurs explorent la piste de dissensions au sein du Parti des travailleurs du Kurdistan.


Trois militantes kurdes assassinées, retrouvées mortes, dans la nuit de mercredi à jeudi, dans les locaux associatifs de leur communauté au centre de Paris, 147 rue La Fayette, dans le Xe arrondissement. L'émoi suscité par ce triple crime a justifié la présence sur les lieux du ministre de l'Intérieur en personne, le matin même. «Soyez assurés de la détermination des autorités françaises pour faire toute la lumière sur cet acte tout à fait insupportable, a affirmé Manuel Valls, tandis que, dans la rue, les manifestants pro-kurdes scandaient des slogans tels que «nous sommes tous du PKK» ou «Turquie assassin, Hollande complice!»
La thèse turque «invraisemblable»

Mais la thèse d'un attentat perpétré en France par les autorités turques semble déjà «invraisemblable», aux yeux des experts français de l'antiterrorisme. «Je vois mal l'État turc monter ce type d'opération en France, confie un policier spécialisé. La coopération policière et judiciaire est l'un des domaines où Paris et Ankara s'entendent le mieux. Des échanges d'informations ont lieu entre les magistrats antiterroristes de la galerie Saint-Eloi et leurs homologues en Turquie. Dans ces circonstances, il est impensable, voire ridicule, de voir une barbouzerie derrière cette affaire…» Même son de cloche chez les juges antiterroristes. «Difficile d'imaginer les services turcs se livrer chez nous à des opérations sur les Kurdes, surtout dans le contexte actuel de négociation avec cette communauté», réagit, à chaud, un magistrat.


Sur le terrain, la sous-direction antiterroriste de la PJ et la section antiterroriste de la brigade criminelle de Paris, saisis conjointement par le parquet, ne négligent aucune hypothèse. En premier lieu, ils explorent la piste de dissensions internes au sein du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), auquel les trois victimes étaient liées. Outre le cadavre de Fidan Dogan, présidente du Centre d'information kurde, les policiers ont retrouvé le corps sans vie de Leyla Soylemez, une «jeune activiste» et celui de Sakine Cansiz, présentée comme «une des fondatrices du PKK». Cette dernière était une proche d'Abdullah Öcalan, chef de file de ce mouvement indépendantiste.

Des scissions internes entre différents courants du PKK, pro ou anti-lutte armée, pourraient être à l'origine d'une équipée sanglante et bien ciblée. Deux des victimes ont été exécutées d'une balle dans la nuque. La troisième a été touchée par deux projectiles, au front et au ventre. Le ou les sicaires ont a priori pénétré sans peine dans les locaux, pourtant protégés par deux digicodes. Les policiers n'excluent pas non plus une expédition fomentée par la faction turque d'extrême droite des «Loups gris», un mystérieux contentieux personnel et, bien sûr, la piste crapuleuse. Connu pour recruter des «soldats» parmi la diaspora kurde en France, mais aussi en Italie et en Allemagne pour les envoyer faire un «service national» clandestin dans des camps d'entraînement d'Anatolie, le PKK se finance en effet par le racket intracommunautaire, notamment par la vente forcée de revue nationaliste et l'«impôt révolutionnaire» exigé aux ouvriers immigrés et petits commerçants. Du racket à grande échelle qui suscite autant de convoitises que de solides rancœurs.

Sakine Cansiz, figure du PKK

Le patronyme de Sakine Cansiz, l'une des trois femmes assassinées dans le Centre d'information du Kurdistan à Paris, signifie «sans vie» en turc. Cette militante était une cadre du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Europe, dont elle est une figure historique. Elle était présente aux côtés d'Abdullah Öcalan, le chef de la rébellion, lors de la réunion de 1978 dans le village kurde de Fis, dans le sud-est de la Turquie, qui marque la naissance du mouvement indépendantiste. Elle l'a également rejoint en Syrie, selon le quotidien Hürriyet,et a encadré les combattantes femmes dans la plaine de la Beeka, au Liban, où le PKK s'entraînait au début des années 1990. Réfugiée politique en France depuis de nombreuses années, Sara, selon son nom de code, faisait partie du KCK - organisation politique du PKK réprimée par les autorités turques. Engagée dès les débuts dans la lutte armée, Sakine Cansiz fut arrêtée en 1979 et torturée à la prison de Diyarbakir où des milliers de militants kurdes ont été tués.
Source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/01/10/01016-20130110ARTFIG00714-mysterieux-assassinat-de-militantes-kurdes.php