mercredi 4 avril 2012

La minorité kurde d'Azerbaïdjan

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002, p. 31-32 :

"Il existe une ancienne minorité kurde dont l'implantation sur le territoire de l'Azerbaïdjan remonte au Xe siècle. A la faveur d'un relâchement du pouvoir central de l'époque, des clans kurdes s'aventurèrent au nord de l'Araxe et fondèrent la dynastie kurde des Shaddidites de Gandja, dans laquelle une partie de la généalogie de Saladin, le vainqueur des croisés en terre sainte, plonge ses racines. Renversée moins d'un siècle plus tard par l'invasion des Seldjoukides, ils demeurèrent sur place et se soumirent aux nouveaux venus.

Une autre vague importante significative de peuplement kurde eut lieu après que les populations turques et arméniennes de la haute vallée de l'Araxe et du Nakhitchevan eurent été déportées, dans le cadre des guerres contre les Ottomans, par le shah de Perse Abbas au début du XVIIe siècle. De nombreux Kurdes vinrent occuper les terres vacantes. Implantés dans l'ouest du pays, dans le Zanguezour, le Karabagh et le Nakhitchevan, la nouvelle République soviétique d'Azerbaïdjan institua même brièvement une région kurde dans les districts de Latchine, Goubatli et Kelbadjar de 1921 à 1929, surnommée « Kurdistan rouge ».

Le pouvoir soviétique les déporta en partie au Kirghizstan en 1941. Comme pour les Talyches, il fit disparaître les Kurdes comme nationalité distincte et les compta dans les statistiques avec les Azéris. Musulmans chiites, ils ont depuis été en voie rapide d'assimilation, abandonnant partiellement l'usage de leur langue, le kurmandji, pour celui de l'azéri ou du russe. En 1988 pourtant, une délégation de Kurdes d'Azerbaïdjan fit part à Erevan de son souhait que les districts ci-dessus, situés entre le Karabagh et l'Arménie, soient rattachés à l'autorité d'Erevan. Cela eut lieu justement au moment où les Arméniens posaient de semblables exigences pour le Karabagh. Les Kurdes musulmans d'Arménie furent cependant expulsés d'Arménie de la même manière que les Azéris et 18 000 d'entre eux se réfugièrent en Azerbaïdjan. Quant aux populations kurdes de Latchine, de Kelbadjar et de Goubatli, elles furent elles aussi chassées sans ménagement et vivent aujourd'hui dans des camps de réfugiés du centre du pays. Comme ils sont partiellement assimilés, leur nombre est difficile à évaluer."

Voir également : La déportation des Kurdes du Caucase par Staline