samedi 12 novembre 2011

L'instrumentalisation de la "carte kurde" par la Perse de Reza Shah Pahlavi

Jordi Tejel Gorgas, Le mouvement kurde de Turquie en exil : continuités et discontinuités du nationalisme kurde sous le mandat français en Syrie et au Liban (1925-1946), Berne, Peter Lang, 2007, p. 253 :

"Le Kurdistan iranien était une zone de refuge traditionnel pour les Kurdes de Turquie lors des différents soulèvements contre le centre. De même, des chefs kurdes persans se réfugiaient en Turquie fuyant les troupes persanes. La perméabilité de la frontière turco-persane rendait possible cette dynamique qui, même tolérée par les gouvernements, ne manquait pas de susciter des conflits sporadiques entre les deux pays.

Lorsque les chefs de la tribu Djelali se réfugient dans les montagnes de l'Ararat, à cheval entre l'URSS, la Turquie et l'Iran, ils sont donc conscients des avantages géostratégiques de ce choix. En effet, les Turcs se heurtent à un obstacle majeur : la frontière turco-persane, telle qu'elle a été délimitée en 1914, passe par le Petit Ararat. Dès lors, les combattants kurdes peuvent attaquer les soldats turcs pour ensuite se rendre en Perse, hors de la juridiction du gouvernement turc et sous la protection de Téhéran ; d'autant plus que le gouvernement iranien, qui a réussi à maintenir un certain calme dans l'Azerbaïdjan occidental depuis la défaite de Simko Agha, ne veut pas compromettre les bons résultats de cette politique en recourant à la force contre les rebelles de l'Ararat dont beaucoup appartiennent à des tribus vivant en Perse.

Or, la constitution d'un seul foyer de résistance face au régime kémaliste dans la région de l'Ararat, rend les insurgés kurdes dépendants de l'attitude de la Perse. Celle-ci évolue d'une neutralité bienveillante à une collaboration de plus en plus étroite avec le gouvernement turc. En effet, Téhéran permet au Tachnak et au Khoyboun d'entrer en contact avec les insurgés de l'Ararat tout en demandant aux organisations tachnakis d'Azerbaïdjan de refuser de jouer le rôle d'agents de liaison entre les différents groupements kurdes d'Irak et de Perse. En outre, le gouvernement persan envoie plusieurs émissaires sur l'Ararat jusqu'en 1930. De la sorte, les relations diplomatiques entre la Turquie et l'Iran entrent dans une phase de conflit latent. Selon Nader Entessar, le Chah utilise à cette époque la carte kurde afin d'obliger le régime kémaliste à négocier quelques différends frontaliers entre les deux pays."

Voir également : L'oppression des Kurdes dans l'Iran du Shah

Ils sont prêts à se prostituer pour n'importe quelle puissance extérieure : le terrorisme kurde dans le jeu des puissances de l'Axe (Italie et Allemagne)