dimanche 5 juin 2011

L'opération policière d'Arnouville et Evry visait l'organisation terroriste PKK

Une opération policière visant le PKK aboutit à des heurts avec la communauté kurde à Paris

LEMONDE.FR | 05.06.11 | 15h08  •  Mis à jour le 05.06.11 | 18h02

L'opération policière qui a eu lieu, samedi 4 juin à Arnouville et à Evry, en région parisienne, visaient des membres du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en France, dont trois ont été interpellés, selon le ministère de l'intérieur. Au total, cinq personnes ont été arrêtées dans le cadre "d'une enquête diligentée depuis plusieurs mois par la sous-direction antiterroriste (SDAT) sur instruction du parquet antiterroriste de Paris", a-t-on précisé. A l'origine de la procédure figurent "des plaintes pour extorsion de fonds qui devaient servir au financement d'activité terroristes menées par le PKK".

Les interpellations des trois individus, qualifiés de "cadres importants" du PKK par le gouvernement français, ont provoqué des heurts importants avec la police, samedi et dimanche. A Evry, où deux personnes ont été arrêtées samedi, plus de 350 personnes ont manifesté, dimanche selon la police. Une centaine d'entre elles ont chargé les forces de l'ordre dans le quartier des Pyramides, déjà théâtre, la veille, d'affrontements.

A Arnouville, ils étaient plus de 1 500 à défiler, dimanche, derrière une banderole où on pouvait lire "Non à la répression contre les Kurdes de France". Le député-maire (PS) de Sarcelles François Pupponi, et le maire (PS) de Villiers-le-Bel, Didier Vaillant, qui ont participé à la marche, ont appelé au calme. Un hélicoptère de la police a survolé le secteur pendant toute la durée de la marche.

INTERPELLATION DANS UNE MAISON CULTURELLE

La Maison culturelle kurde d'Arnouville a été investi par les forces de police, samedi. Le président de ce centre culturel, Maxime Tosun, présent lors de l'interpellation, affirme que "les policiers sont entrés" et "nous ont demandé de nous mettre par terre. Il y a avait des femmes et des enfants. Une femme a reçu un coup de matraque". Onze personnes issues de la communauté kurde ont été légèrement blessées et conduites à l'hôpital de Gonesse (Val-d'Oise), selon le maire (PS) de cette ville voisine, Jean-Pierre Blazy.

Selon le porte-parole du ministère de l'intérieur, "ce n'est pas l'interpellation directe qui a créé des tensions mais l'opposition de certains participants qui voulaient empêcher par tous les moyens les arrestation". Selon le PCF et le président de la Maison culturelle kurde d'Arnouville, l'homme interpellé dans cette ville est Nedim Seven, membre actif du PKK, considéré comme un groupe "terroriste" par de nombreux pays. Nedim Seven "s'est déjà vu refuser l'autorisation d'entrer à l'Assemblée nationale lundi dernier pour participer à un colloque", a ajouté le PCF.

"MAL MAÎTRISÉE"

Le maire de Gonesse Jean-Pierre Blazy s'est inquiété de la méthode utilisée par les forces de l'ordre. "Je ne conteste aucunement le bien fondé et la nécessité de cette opération mais je m'interroge sur la façon dont elle a été menée. Elle a, semble-t-il, été mal maîtrisée et a donné lieu à des débordements inacceptables sur la voie publique", a-t-il souligné.

Le PKK a décrété un cessez-le-feu unilatéral en août 2010. Il a menacé en mars d'y mettre fin, déplorant l'échec du gouvernement à dialoguer avec les Kurdes, alors que doivent avoir lieu le 12 juin des élections législatives. Le conflit kurde en Turquie a fait plus de 45 000 morts depuis le début de l'insurrection du PKK, en 1984, selon l'armée.
Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/06/05/l-operation-policiere-contre-la-communaute-kurde-visait-des-membres-du-pkk_1532204_3224.html