mercredi 20 avril 2011

La lapidation chez les Kurdes yezidis (non-musulmans) du nord de l'Irak

Document - Iraq: Amnesty International appalled by stoning to death of Yezidi girl and subsequent killings

AMNESTY INTERNATIONAL


Déclaration publique


Index AI : MDE 14/027/2007 (Public)

Bulletin n° : 084

ÉFAI

27 avril 2007



Irak. Amnesty International consternée par la lapidation à mort d’une jeune femme yézidie et les homicides perpétrés ensuite



Amnesty International est consternée par la mort de Dua Khalil Aswad, âgée d’environ dix-sept ans, lapidée le 7 avril 2007 ou à une date proche pour des questions « d’honneur ». La jeune femme, originaire du village de Bahzan dans le nord de l’Irak et membre de la minorité religieuse yézidie d’Irak, a été tuée par un groupe de huit ou neuf hommes et en présence d’une foule importante, dans la ville de Bashika, près de Mossoul. Certains de ses proches auraient participé activement à sa mise à mort.


Le meurtre de Dua Khalil Aswad aurait été commis par des membres de sa famille et d’autres hommes yézidis en raison de la relation qu’elle avait nouée avec un garçon musulman sunnite et parce qu’elle s’était absentée de chez elle une nuit. Selon certaines sources, elle se serait convertie à l’islam, mais d’autres informations contredisent cette version. Elle aurait dans un premier temps trouvé refuge dans la maison d’un chef tribal yézidi à Bashika, mais ses meurtriers ont pénétré de force dans la maison et l’en ont fait sortir avant de la lapider à mort. Sa mise à mort par lapidation, qui a duré environ trente minutes, a été filmée et la vidéo du film a été diffusée et est même disponible sur internet. Le film montrerait que des membres des forces locales de sécurité étaient présents mais qu’ils ne sont pas intervenus pour mettre fin à la lapidation et arrêter les auteurs.


Dans ce qui est manifestement un acte de représailles, environ vingt-trois ouvriers yézidis ont été agressés et tués le 22 avril par des membres d’un groupe armé sunnite, semble-t-il. Les yézidis, tous des hommes, selon les informations dont nous disposons, se rendaient en bus de Mossoul à Bashika lorsque leur véhicule a été stoppé par des hommes armés qui les ont fait descendre avant de les exécuter sommairement.


Amnesty International condamne dans les termes les plus forts le meurtre de Dua Khalil Aswad et ceux des ouvriers yézidis et appelle les autorités irakiennes à prendre des mesures immédiates pour identifier les auteurs présumés de ces actes de violence et les traduire en justice, lors de procès équitables excluant le recours à la peine de mort. L’organisation demande également aux autorités irakiennes de mener une enquête pour savoir si des représentants de la loi étaient présents et ne sont pas intervenus pour empêcher la mort par lapidation de Dua Khalil Aswad et de prendre de toute urgence des mesures concrètes, notamment en réformant les lois, afin de protéger les personnes susceptibles de devenir des victimes de ce qu’on appelle les « crimes d’honneur ».


Complément d’information

Des « crimes d’honneur » sont régulièrement signalés en Irak – particulièrement dans le nord du pays à majorité kurde. La plupart des victimes des « crimes d’honneur » sont des femmes et des jeunes filles considérées par les hommes de leur famille et de leur communauté comme ayant souillé l’honneur familial par une conduite immorale. Ce type d’accusations s’appuie bien souvent sur des motifs vagues reposant sur des rumeurs. Les « crimes d’honneur » sont le plus souvent commis par les hommes de la famille de la femme, qui entendent ainsi restaurer leur honneur et celui de la famille. Si les autorités kurdes ont adopté des réformes législatives visant à faire cesser les « crimes d’honneur », elles n’ouvrent généralement pas d’enquêtes sur ce type de crimes et n’engagent pas de poursuites contre leurs auteurs. Amnesty International a fait part de ses préccupations au sujet des femmes irakiennes victimes d’atteintes aux droits humains, victimes notamment des « crimes d’honneur » dans un rapport rendu public en février 2005 (Irak. Il est temps que les droits des femmes soient enfin respectés, index AI MDE 14/001/2005, http://web.amnesty.org/library/index/FRAMDE140012005)
 Source : http://www.amnesty.org/en/library/asset/MDE14/027/2007/en/530be0fd-d398-11dd-a329-2f46302a8cc6/mde140272007fr.html

samedi 16 avril 2011

La déportation des Kurdes du Caucase par Staline

Jean-Jacques Marie, Les peuples déportés d'Union Soviétique, Bruxelles, Complexe, 1995 :

"Staline semble se faire la main sur des minorités nationales numériquement réduites pour préparer des opérations de plus grande envergure. Le 7 juillet 1937, un décret du Comité exécutif central des Soviets et du Conseil des commissaires du peuple décide de déporter 812 Kurdes installés en Arménie près de la frontière turque qu'il est indispensable de « nettoyer » de ses éléments douteux. Or ces Kurdes sont « douteux » par leur appartenance à un peuple installé en grande majorité en dehors des frontières de l'URSS. Ce n'est là qu'une très timide ébauche du « nettoyage » de cette frontière en 1944 qui déportera près de 100 000 membres de peuples divers, dont un nouveau contingent de Kurdes." (p. 23)

"Après avoir nettoyé la Crimée de ses Tatars, de ses Allemands, de ses Bulgares, de ses Grecs, Staline revint au Caucase et tout particulièrement à la Géorgie. Un arrêté du 21 juillet 1944 ordonne la déportation de 86 000 Turcs-Meskhètes, Kurdes et Khemchines des régions frontalières de la Géorgie : 40 000 sont envoyés au Kazakhstan, 30 000 en Ouzbékistan et 16 000 en Kirghizie. Ordre est donné au NKVD de procéder à cette mesure en novembre. Staline leur donne le droit d'emporter 1 000 kilos d'affaires personnelles (deux fois plus qu'aux Tatars). La directive signée par lui ordonne de procéder à des déplacements « par kolkhozes entiers ou par groupes distincts d'exploitations ». Staline accorde au NKVD 34 millions de roubles pour mener à bien cette opération. (...)

Les Kurdes, peuple de l'Empire ottoman, ont commencé à s'installer dans tout le Caucase, alors partie constituante de cet Empire, dès le début du XVIIIe siècle. Ils deviennent sujets du Tsar au cours de l'expansion russe dans la région pendant le XIXe siècle. Le recensement de 1937 en dénombre 48 399, inégalement répartis entre la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan. A la fin de la guerre en 1944 leur nombre avoisine les 60 000. A l'exception de quelques milliers de Kurdes urbanisés, cette population en majorité nomade a l'habitude, peu conforme à la rigidité du contrôle policier stalinien, de passer la frontière turque au gré de ses errances, et prête ainsi le flanc aux accusations d'espionnage ou en tout cas à la suspicion. (...)

Quelques jours après avoir été informé de la décision de déporter les Kurdes, le commissaire du peuple à l'Intérieur de l'URSS est interpellé par un subordonné inquiet, soucieux de montrer sa vigilance : les 812 Kurdes, déportés en juillet 1937 de la frontière arménienne en Kirghizie sont-ils visés par le décret du 21 juillet 1944 et doivent-ils être à nouveau déplacés ? La mise en œuvre de la décision traîne en longueur. Le 20 septembre un ordre du NKVD signé Béria donne les instructions détaillées. Objectif : « Réaliser l'opération en dix jours du 15 au 25 novembre de l'année en cours » soit près de deux mois après la diffusion de l'ordre. Béria divise la région en quatre secteurs opérationnels, chacun confié à un responsable du NKVD, flanqué d'un suppléant. Il mandate le vice-commissaire du NKVD, Tchernychov, pour négocier avec le général d'armée Khroulev, commandant en chef des troupes de l'arrière, la livraison de 900 camions Studebaker, fournis par les Américains au titre du lend-lease et soustraits à l'usage militaire pour transporter les victimes : six régiments et deux détachements spéciaux des troupes intérieures du NKVD sont mobilisés pour ce nettoyage." (p. 111-113)