samedi 25 décembre 2010

L'oppression des Kurdes dans l'Iran du Shah

Dâri Bârâm, Les Kurdes par delà l'exode, Paris, L'Harmattan, 1992, p. 97-98 :

"- Pendant des années le Kurdistan est la région la plus militarisée de l'Iran. La frontière avec l'Irak qui depuis 1958 appartenait à l'orbite pro-soviétique, sert à justifier un déploiement militaire dont l'objectif réel est la protection contre le risque d'insurrections kurdes à l'intérieur de l'Iran lui-même.

- Le Kurdistan reste l'une des régions les plus sous-développées d'Iran, au niveau économique, culturel et sanitaire.

- Le Shah cherche à persianiser la zone la plus méridionale du Kurdistan (Kermanshah) qui recèle d'importantes réserves pétrolières. Comme dans le cas de Kirkouk au Kurdistan d'Irak, on implantera des immigrants non-kurdes dans cette région d'un grand intérêt économique pour l'Etat.

- La langue kurde reste interdite après la chute de la République de Mahabad. Aussi toute publication en cette langue est-elle interdite. Pourtant des émissions radiophoniques en kurde sont autorisées, qui tentent de démontrer que le kurde est un simple dialecte du persan.

- Les mouvements nationalistes kurdes continuent à être écrasés : ainsi le soulèvement des Joanro (1956), comme la révolte de 1967-1968 déclenchée par le PDKI suivant l'exemple de la révolution du général Barzani au Kurdistan d'Irak sont réprimés de façon impitoyable."

Sabri Cigerli, Les Kurdes et leur histoire, Paris, L'Harmattan, 1999, p. 142-143 :

"L'évacuation des troupes russes ne permit plus aux Kurdes de maintenir leur république autonome. L'armée iranienne reprit le contrôle de ces territoires à la mi-décembre 1946 : les dirigeants de la République kurde furent pendus, et, toutes les activités des Kurdes furent de nouveau interdites. Tout ce qui pouvait rappeler l'existence passée de cette république fut détruit.

Après la chute de la République kurde de Mahabad, la répression des autorités iraniennes fit taire les revendications nationales kurdes. Les Kurdes d'Iran ne bénéficièrent d'une tolérance que sous le gouvernement du Dr Mossadegh, entre 1949 et 1953. Lors des élections de 1952, les Kurdes ne purent présenter leurs candidats, mais certaines libertés leur furent accordées. En 1953, après le coup d'Etat contre le Dr Mossadegh, le Chah Reza s'empara du pouvoir politique effectif. La répression contre les Kurdes reprit par les actions des militaires iraniens qui détruisirent des villages kurdes, et déportèrent la population civile de nouveau. La police secrète iranienne de l'époque, la tristement célèbre "Savak", élimina les dirigeants kurdes sans distinction d'âge ni de sexe. Pour se déplacer dans la région kurde, la population devait obtenir une autorisation de la police. Toute revendication culturelle des Kurdes fut sévèrement réprimée.

La politique d'assimilation persane des Kurdes, amorcée au temps du Chah Reza, resta en vigueur. En outre, principalement entre 1964 à 1970, le Chah d'Iran apporta une aide substantielle à Barzani, dans le but à la fois d'affaiblir le régime de Bagdad et de neutraliser le mouvement national kurde en Iran. Le Chah exigeait que Barzani collaborât avec les autorités iraniennes pour contrôler et réprimer toute activité politique des Kurdes iraniens.

L'activité des Kurdes iraniens ne fut plus permise dans la zone contrôlée par les Kurdes d'Irak dirigés par Moustafa Barzani."